La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA DIVISION DU TRA VAIL ET LA CIVILISATION 325 disparaître ou de se transforme1·. » Il a tort de voir dans le fait particulier, accidentel du changement forcé d'activité, sous certaines conditions particulières, de certains membres du groupe, un phénomène général, le fait type qu'il recherche. Ce qui semble l'essentiel, c'est, à mesure que la population devient plus dense, la nécessité d'un accroisSf'ment de la production. Rien de plus. La question reste entière. La division du travail, dès le début et comme le veulent les économistes, apparait-elle à la conscience des membres du groupe engagés dans la lutte comme le moyen le plus propre à accroître les produits disponibles? Se produit-elle, comme le veut M. D... , mécaniquement, dans la pleine inconscience de tous, sans nul sentiment de leur part, même vague, de son utilité, de ses avantages, - les individus se trouvant à leur insu et à l'aveugle transportés sur un autre ·terrain d'activité? Or l'homme n'est pas un corps inerte, que des forces d'ordre purement mécanique portent ici ou là sans qu'il en ait conscience. Pourquoi ce transport, ce déplacement des individus se fait-il dans un sens plutôt que dans l'autre? M. D... , qui a le sentiment de cette difficulté se fait en même temps l'objection et la réponse. p. 301. « Un progrès, une spécialisation nouvelle ne peut s'établir d'une façon durable que si les individus ressentent réellement le besoin de produits plus abondants ou de meilleure qualité. Une fonction ne peut se spécialiser que si cette spécialisation répond à quelquebesoin de la société. » « Ces besoins nouveaux, ces exigences nouvelles se trouvent toujours exister au moment où un groupe d'individus pressés par la concurrence ont besoin de créer une spécialité nouvelle ». Ces besoins sont un effet de cette même cau~e qui détermine les progrès de la division du travail. Les progrès de la division du travail sont dûs à l'ardeur plus grande de la lutte. Or une lutte plus violente ne va pas sans un plus grand déploiement de force et par conséquent sans plus de fatigue. « Pour que la vie se maintienne il faut que la réparation soit proportionnée à la dépense. Il faut une nourriture plus abondante et plus choisie.» D'abord est-il vrai qu'au sens absolu du mot et nécessairement l'ardeur de la lutte soit plus grande? l'effort plus épuisant, plus funeste aux époques où la division du travail est poussée plus loin? Ne faut-il pas voir là un cas particulier dont ia généralité ne doit se préjuger en rien ? Puis, de l'aveu même de !\1. D... , dans cet ajustement du besoin de nouveaux produits et du besoin parallèle de spécialisation nouvelle, une certaine vue du but à atteindre est-elle absolument absente? Là est la question. 11 n'est pas démontré que les économistes aient absolument tort, que, dans une certaine mesure, la division du travail ne progresse pas

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