LA REVUE SOCIALISTE C'est tout d'abord la proposition qui lui sert de fondement qu'on pourrait mettre en question. Est-il juste? Est-il exact d'assimiler, au point de vue des besoins et de l'alimentation, à aut.ant d'espèces animales différentes les différentes professions humaines? Je comprends que sur un même chêne on trouve jusqu'à deux cents espèces d'insectes entretenant des relations de bon voisinage, se nourrissant les uns des fruits de l'arbre, les autres de l'écorce et des racines. Mais les hommes, pour appartenir à diverses espèces sociales, à des professions différentes, ne poursuivent-ils pas au fond par des moyens différents la satisfaction des mêmes besoins? Ici Marx et les collectivistes ont raison. Gloire militaire, autorité morale, pouvoir, etc., tout cela,. - oui, en seconde ligne, par surcroit, comme le lustre, l'ornement. Le sérieux, le solide c'est la satisfaction du besoin. Qµi, bien portant, a la nourriture la plus abondante et la plus saine du soldat par force, parfaitement indifférent à toute pensée de gloire, ou du général ambitieux? Qµi boit plus souvent du Champagne du maitre d'école ou du membre de l'Insti Lut? Qui, malade, a les meilleurs soins, les praticiens les plus expérimentés? - li n'est pas vrai que du soldat, du prêtre, du savant, chacun puisse atteindre son but, sans empêcher les autres d'atteindre le leur. Les gros traitements grèvent le travail, l'industrie. Ce qui va à l'état-major militaire ne reste pas au paysan et au boutiquier; et on doterait grassement de maigres chaires avec les millions engloutis à la préparation de la guerre. Tous les hommes poursuivent le même objet; tous vivent bien des fruits de l'arbre, tous entendent brouter au mème bon endroit. Or la nc1ture ne donne spontanément à l'homme qu'une quantité très-limitée de produits immédiatement utilisables ; les ressources •qu'elle met à sa disposition sont et ont toujours été en deça du besoin, lequel est de sa nature illimité, et croît par sa satisfaction même. C'est dès l'origine, dès le début mème de la vie sociale, c'est-à-dire de la vie humaine qu'a dû se poser le problème de la subsistance humaine. Et ce problème n'a-t-il pas toujours consisté, non pas comme le veut M. D... , à trouver un coin du pâturage où l'on soit seul, mais à engraisser de conserve, à rendre plus productif le champ tout entier? L'homme a reçu le don d'accommoder indéfiniment les forces de la nature à ses besoins. Il dépend de lui, d'un nouvel effort de son intelligence et de sa volonté de se créer sans cesse de nouvelles ressources. Et c'est la division du travail qui a été à toutes les cpoques le principal instrument de cette conquête de la nature et de cette multiplication indéfinie des ressources de l'homme. Quand M. D. nous parle, p. 291, « des chefs d'entreprise qui, subitement en rapport et en concurrence avec d'autres chefs d'entreprise mieux outillés, d'une autre région, doivent nécessairement céder le terrain qu'ils occupaient déjà, et n'ont d'autre alternative que de
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