1 LA DIVISION DU TRA YAIL ET LA CIVILISATION qui sont suffisament en contact pour pouvoir agir et réagir les uns sur les autres ». C'est ce rapprochement et ce commerce actif qui en résulte, que M. D... appelle densité dynamique ou morale. Ce rapprochement et ce commerce plus actif des éléments sociaux, naturdlement, ne va pas sans l'effacement du type segmentaire : un phénomène dont il est à la fois cause et effet. C'est à tort que M. Spencer voit dans la division du travail une application particulière de sa grande loi de la diffé/enciation, toute masse homogène devenant forcément hétérogène, quelles qu'en soient les dimensions; et qu'il en rapporte les progrès à la nette perception par l'individu et par l'espèce de son utiUté pour eux. M. D... objecte non sans finesse et non sans raison, p. 293 : << M. Spencer explique assez bien de quelle manière se produira l'évolution si elle a lieu. Mais il ne nous dit pas le ressort qui la produit. Les différences rendent possible la division du travail, elles ne la nécessitent pas. Assurément, si les hommes se spécialisent, ce sera dans le sens marqué par les différences naturelles, car c'est de cette manière qu'ils auront le moins de peine et le plus de profit. Mais pourquoi se spécialisent-ils? » L'accroissement de volume ne peut agir que comme densité; et la densité du corps social agit et pousse à la division du travail en renforçant la lutte pour la vie. P. 294. « Si le travail se divise davantage à mesure que les masses deviennent plus volumineuses et plus denses, ce n'est pas que les circonstances extérieures y sont plus variées (Spencer), c'est que la lutte pour la vie y est plus ardente. » C'est un fait certain que la concurrence entre deux organismes est d'autant plus vive qu'ils sont plus analogues, qu'ils ont mêmes besoins et qu'ils poursuivent les mêmes objets. Les individus d'espèces différentes, au contraire, ayant des besoins différents, ne se gênent mutuellement pas. Ce qui fait prospérer l'un est sans valeur pour les autres; et les occasions de conflit disparaissent avec les occasions de rencontre. << Ainsi, dit Darwin, dans une région peu étendue, ouverte à l'immigration, et où, par conséquent, la lutte d'individu à individu doit être très vive, on remarque toujours une très grande diversité dans les espèces qui l'habitent. » La même loi, d'après M. D... , s'applique aux hommes. Dans une même ville les professions différentes peuvent coexister sans se nuire, car elles poursuivent des objets différents. On comprend donc que toute condensation de la masse sociale, surtout correspondant à un accroissement de la population, détermine nécessairement de nouveaux progrès de la division du travail. La loi, telle que la formule M. D... , ne laisse pas d'être ingénieuse et subtile. N'est-elle pas plus spécieuse que solide?
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