La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

320 LA REVUE SOCIALISTE choses en état, de rétablir dans leur forme normale les rapports troublés. Autant il y a de classes de règles juridiques, autant il y a, cela va sans dire, de sortes de solidarité. Le lien de solidarité, auquel correspond le droit répressif, à i.on tour, qu'est-il? L'analyse apprt,fondie du droit répressif lui-même, ou, pour mieux dire, du crime ou délit dont la répression forme l'0bjet du droit pénal, nous le fera connaître. La conclusion de M. D. est celle-ci : « le crime est l'acte qui froisse les états forts et définis de la conscience collective»; « la veine est une réaction passionnelle de la société d'intensité graduée et s'exerçant par l'intermédiaire d'un corps constitué.» Les règles que sanctionne le droit pénal expriment donc les similitudes sociales les plus essentielles. Or, moins les sociétés sont développées, plus grande est la fraction du système complet des règles juridiques que représente le droit pénal. - Ici, M. D. prend piedsur le terrarin solide des études de droit comparé. - A mesure que les sociétés se développent et se perfectionnent la place réservée au droit pénal est plus restreinte; et ce sont les règles juridiques à sanction restitutive qui forment la plus grosse part du système du droit. Mais ces dernières règles expriment une solidarité qui n'a rien de commun avec la solidarité mécanique. Les membres du groupe ne se ressemblent plus comme tout à l'heure, l'individualité de chacun largement épanouie. La cohésion entre les membres, à défaut de ressemblances, vient de rapports de coopération dérivant de la division du travail et régis par un système définis de règles juridiques qu'on peut appeler le droit coopératif. Les individus ne se ressemblent pas, mais se pénètrent. La cohésion est devenue 01'{/anique de mécanique qu'elle était. Les hommes sont comme les parties d'un tout, les organes d'un même vivant ! Et ce concours au lieu d'être, comme pour les sociétés inférieures, le résultat d'un jeu d'images psychiques où la conscience réfléchie et la volonté n'ont aucune part, revêtla forme d'un concours conscient et voulu supposant un libre contrat. C'est avec une conscience, plus ou moins nette mais certaine, de l'œuvre accomplie que les hommes travaillent les uns pour les autres et échangent Jeurs produits. C'est au moment où se manifeste entre eux la plus étroite solidarité que s'accuse le plus fortement b personnalité de chacun. L'action même de l'Etat, s'employant à maintenir entre les individus l'équilibre de forces condition indispensable de l'équité du contrat, ne fait que sauvegarder envers et contre tous la liberté et les énergies de l'individu. Substitution progressive de la solidarité organique à la solidarité mécanique; concours de plus en plus conscient et volontaire des

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