La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE mènes sociaux ne consiste-t-il pas précisément dans cette liaison, dans cette indissoluble union des phénomènes? Ce qui est moral, c'est ce qui, à un moment donné, est normal, est conforme au type. La morale proprement dite, l'art de la morale consiste à faciliter la réalisation du type dans le plus grand nombre de faits. Faire la théorie de la division du travail, en fixer la nature, en dire les conditions, c'e,t donc jeter et presque parfaire du coup les bases de la morale nouvelle destinée à remplacer l'ancienne. Et voilà comment M. D... est amené à étudier la division du travail. On le voit, M. D... est philosophe. Le lecteur était prévenu. M. D... est collectiviste. On ne s'y attendait peut-être pas. Et c'est encore cependant qu'il est philosophe. Le collectivisme, pour lui, n'est pas la réalisation consciente et voulue de l'organisation sociale, étant donnés les antécédents historiques, la meilleure; le triomphe - passager - après beaucoup d'efforts et de souffrances, après beaucoup de sacrifices des générations passées, - le triomphe passager des bons instincts de l'homme sur les mauvais. Le collectivisme, pour M. D... , est l'inévitable, le nécessaire, un moment de l'évolution devant lequel le Penseur s'incline. Ici nous sommes au cœur de la théorie de M. D... , au cœur de sa thèse. * * * La loi morale des temps modernes, c'est la parfaite réalisation de la division du travail. La société n'existant que par la mutuelle dépendance de ses parties, le r.roblème moral c'est de faire cette dépendance réciproque la plus parfaite possible: Or, qu'arrive-t-il? Cette dépendance réciproque des parties, au lieu d'être désirée, voulue comme utile à tous, comme réalisant la loi, est subie comme une contrainte par le plus grand nombre. D'où cela provient-il? Evidemment du fait que l'avantage retiré du commun concours n'est pas également ressenti par tous. Dans cette collaboration les uns s'estiment lésés. Comment remédier au mal et mettre les choses en état? Pour être ju:;te, la coopération sociale doit être un libre concours reposant sur un libre contrat. Il faut que chacun soit mis à même de se classer selon ses aptitudes et son mérite, de remplir dans le travail social la tâche pour laquelle il est fait et de retirer de sa collaboration tous les avantages qu'elle comporte. Suffit-il pour cela, comme le veut H. Spencer, comme beaucoup le veulent, d'abandonner l'individu à lui-même et de le laisser se débattre de son mieux contre chacun et contre tous? '

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