LA DIVISION DU TRAVAIL ET LA CIVILISATION La morale se meurt; les principes d'action qni ont si longtemps mû l'humanité restent usés et impuissants. La jeunesse n'est plus jeune ; l'àme des jeunes générations ne tressaille plus, comme chacun sait, à la perspective des brillantes positions à conquérir. 11faut à tout prix retrouver pour elles des raisons d~ vivre et d'agir : M. D... ne dit pas de bien vivre et de bien agir. C'est à cette noble tâche qu'après M. de Vogué, .M. Lavisse et M. Desjardins, M. D... voue son effort. « Notre premier devoir, dit-il, est de nous faire une morale.» Est-ce là tout ? Ce n'est que le commencement. Il faut une morale. - Qu'est-ce que ia morale? Jusqu'ici, jusqu'à nous on avait considéré la morale comme un ensemble de règles, de préceptes supérieurs au réel, destinés à réagir sur lui, à le modeler à leur image. Après 3000 ans d'efforts, la pensée réfléchie de l'occident civilisé a fait cette découverte : ces règles, ces préceptes ainsi compris sont moins que rien, une bulle de savon, un météore brillant et léger qui s'agite un instant entre ciel et terre, s'évanouissant avec le rayon de lumière - ici le caprice humain, - sans consistance et sans réalité. Dire« une morale » c'est dire un ensemble de préceptes agissant forcément sur la réalité, des préceptes applicables et appliqués. Une règle qui ne s'applique pas; qui peilt ne pas s'appliquer, cela a-t-il un sens? La règle morale, - parce que règle morale - est donc toujours réalisée et appliquée. La morale existe dans les faits. Dans le monde physique la loi est la séquence invariable de deux phénomènes, leur rapport constant. La loi morale est cette même loi dans le domaine des rapports humains; c'est la loi des hommes vivant en société, la loi des faits sociologiques. Qµand on parle d'une société qui manque de règles morales, on ne peut donc vouloir dire que ceci : des organisations d'ordre divers chacune avec sa loi propre, coexistent dans son sein; au lieu d'une loi régissant le groupe entie'I"des faits sociaux, il y en a plusieurs pour autant de groupes indépendants. Dégager la loi morale, c'est découvrir par voie d'analyse quel est le groupe destiné à absorber les autres. C'est juger quel sera le type sur lequel devront se modeler - sous peine d'être irréguliers et criminels, - la généralité des faits sociaux, sur lequel le grand nombre se modèle déjà. Or, n'y a-t-il pas un fait général, un fait type auquel se con1 forment plus ou moms tous les faits sociaux de l'époque? Toutes les manifestations de la vie collective présentent ce carac~ère qu'elles tendent à reposer de plus en plus exclusivement sur la division du travail. Aucun acte de l'individu qui se suffise à lui-même, aucune activité qui ne subsiste par l'activité voisine. - Le côté moral des phéno- ,
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