312 LA REVUE SOCIALISTE losophie de l'art, ce n'est pas sa place; ou dans l'histoire générale de 1a civilisation, cela fait double emploi; ou, ce qui est pis, dans l'histoire proprement dite et dans l'exposition sommaire de la succession des écoles et des grands noms de chaque école. Ce ne sera pas là de la nomenclature, puisque cette exposition formera une série suivie et raisonnée. Mais le but de l'histoire de l'art n'en sera pas moins manqué: elle ne se rattachera pas à l'enseignement de l'école primaire, de l'école primaire supérieure, des écoles normales primaires., du collège, des écoles municipales, qu'elle a précisément pour but de compléter. Le seul moyen de sortir de cette impasse serait de confier cet enseignement aux artistes. Mais les artistes éprouvent non pas une difficulté, beaucoup s'expriment et écrivent fort bien, mais une répugnance marquée pour la pédagogie. Ils ont mieux à faire. Ils sont ou ont l'ambition d'être créateurs, non éducateurs. Il a fallu des mois entiers à Eugène Delacroix pour achever quelques articles, qui sont d'ailleurs des chefs-d'œuvre, où le programme d'une histoire de l'art est esquissé. Il voulait bien tracer les grandes lignes ; à d'autres moins artistes et plus professeurs de remplir le cadre mis au carré par le maître. (_1). Eugène Fromentin offre un cas plus curieux encore. C'est un des plus grands professeurs d'histoire de l'art. Sa monographie: Les &aît,es d'auJrefois, n'est pourtant qu'un programme aussi. Un artiste, à qui la main serait fatalement enlevée, qui serait réduit à dire ce qu'il ne peut plus faire, tel serait le vrai professeur d'art. Il se consolerait de ne pouvoir plus sculpter, dessiner ni peindre, en donnant de belles réflexions sur la sculpture, le dessin, la peinture e leur histoire. La difficulté de l'enseignement oral de l'art et de son histroire est donc grande. Elle l'est déjà aux écoles supérieures, des beaux Arts, du Louvre. Que sera-ce à l'école primaire supérieure, au collège? Il est ndispensable que le professeur, chargé de ce cours. ait personnellement un goût vif pour les arts du dessin, quand bien même il ne serait pas dessinateur lui-même. Il lui faut une certaine familiarité avec les œuvres d'art. (Elle ne s'acquiert ni sans loisirs, ni sans voyages, ni sans études. On apprend à voir les œuvres d'art plus aisément sans doute qu'à les exécuter, mais non paresseusement), surtout la connaissance des principes scientifiques des beaux arts lui est nécessaire. ( 1) Eugène Delacroix. Correspondance.
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