L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE MODERNE JI I de l'art éclate par là; ce n'est pas une imitation, mais une interprétation, une transfiguration de la nature. L'art égyptien montrera ce spectacle déconcertant d'un dessin où sont combinés, dans le même corps, avec un mépris superbe, l'aspect de face et l'aspect de profil et de trois quarts« la bête presque toujours ~ munie d'un œil de face, presque toujours plantée de. profil sur un « buste de face,. le buste surmontant un tronc de trois quarts, et le « tronc s'étayant sur des jambes de profil, les membres défectueux « étant d'ailleurs alliés aux «concerts» avec tant d'adresse, qu'ils pa- « raissent être soudés, naturellement les lignes exactes et les lignes « fictives se suivant et se complètant si ingénieusemsnt qu'elles « semblent se déduire nécessairement les unes des autres » ·(1). L'élève se rendra compte à lui-même de l'impression mélangée qu'il éprouve à la vue de ces dessins égyptiens; il s'étonne et ne sait que penser, il trouve cela très saisissant, très beau, quelque chose le trouble pourtant. Il démêlera, ce qu'il n'aurait peut-être pas fait de lui-même, les raisons de cette inquiétude. L'art grec de Phidias à Praxitèle, s'inspirant sans doute de la nature dans l'étude des formes, mais les déformant déjà systématiquement, sera mis alors sous les yeux de l'élève. Il n'admirera pas d'office et admirera d'autant mieux les fragments qui nous en restent. Il les éclairera par ce qui précède et par ce qui suit; pour la période archaïq_ue et pour la période dite de décadence, les œuvres authentiques ne manquent pas. L'art de la renaissance poussant, avec Donatello et Michel Ange, cette déformation à sa dernière limite artistique, altérant à plaisir les rapports réels des parties, allongeant le tronc et les membres, affinant et amincissant la tête, avec Donatello, « tordant, avec Michel Ange, le tronc sur les membres, creusant les orbites, enflant sur l'épaule une montagne de muscles» (2), fera saisir la transition de l'art antique à l'art moderne et contemporain. Cette renaissance appelle quelque chose, sinon de mieux au moins d'autre. L'art moderne et contemporain (sauf quelques exceptions grandioses et distinctes), pousse à l'excès le respect des proportions vraies et de la consciencieuse imitation des formes. Il est archaïque au bon sens du mot. Il revient en arrière pour mieux marcher en avant, il recule, comme on dit vulgairement, pour mieux sauter. Il ne renait pas, il tente de naître, et y réussit. Si l'histoire élémentaire de l'art ne s'attache pas, dans les écoles primaires supérieures et dans les cours secondaires à illustrer ainsi l'enseignement même du dessin, elle tombera platement dans la phi- (1) Maspero. Archéologie Egyptienne. (:i) Taine. Philosophie de l'art.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==