La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE MODERNE Il n'est pas impossible d'en sortir. Mais, pour la majorité des maîtres, une sérieuse préparation est indispensable. Elle ma,nque aux hommes les plus instruits d'ailleurs qui n'ont pas vécu longtemps dans les toutes grandes villes, dans les centres de musées artistiques. Rien ne supplée à cette éducation. Même les artistes de génie qui ne l'ont pas, ne peuvent être historiens de l)rt. Restent les livres. Les bons livres ne manquent pas. Mais les histoires de l'art sont, au fond, des histoires de la civilisation, dans ses rapports avec l'art, ce qui n'est pas la même chose. A plus forte raison, le maître ne pourrait-il que s'égarer en prenant pour guide des ouvrages comme la Philosophiede l'art de M. Taine. De serrées et compactes analyses abstraites, des descriptions puissantes et colorées ne peuvent servir à l'enseignement élémentaire. L'histoire de l'art pour être possible au maître et utile à J'élève, ne sera donc qu'une illustration des principes scientifiques des beauxarts. Ces principes scientifiques sont en effet accessibles au maître de bonne volonté. Il faut en suivre le développement historique, ~vec de bonnes photographies et de bonnes gravures. La perspective linéaire, par exemple, lui fournira, aux diverses époques, le sujet de constatations intéressantes et de fécondes réflexions. L'art égyptien lui donnera l'occasion de faire remarquer aux élèves, et de leur faire saisir sur des représentations figurées, ce phéno- ' mène curieux: que des œuvres d'art de la plus haute importance et de l'effet le plus puissant ont pu négliger des lois que le plus modeste écolier connaît aujourd'hui. A étudier ces œuvres « on finit par nd « plus savoir ce qu'on doit admirer le plus, l'obstination des Égyptiens « à ne pas trouver les lois naturelles de la perspective, ou la fécondité « d'esprit dont ils ont fait preuve pour inventer tant de relations fausses « entre les objets». (1) L'étude de la peinture décorative égyptienne convaincra le futur ouvrier d'art qu'elle « a excellé au décor monumental et que si jamais on revient à colorer les façades de nos maisons et de nos édifices publics, on ne perdra rien à étudier ses formules ou à rechercher ses procédés. » L'art des précurseurs de la renaissance ne sera pas moins fertile en intéressantes remarques. Sans qu'i\ soit nécessaire de voir les œuvres mêmes, de simples gravures feront ressortir aux yeux de J'élève, les . débauches de perspective architecturale et de plafonnement des Paola Mecello (2) de Sandro Bollicelli et surtout de Mantigna et de Luca Signorelli. Il comparera cet art d'une science intempérante et d'une s1 ( 1) Maspero. Archéologie Egyptienne. "' (2) Georges Lafencstrc. La 'Pei11f11rcitalie1111c. « Ami int_ime de Bru_velleschi, l_'ar~ c chitcctc, et de Manctti le mathématicien; il passa la meilleure partie de sa vie a « analyser les phénomènes et les lois de la perspective. II en perdait, dit-on, le boire, « le manger, le dormir, et quand sa ménagère impatiente l'engageait, après une longue « nuit de veille à laisser là ses calculs pour se reposer: « Si tu savais. ma chère, népon- « dait-il, quelle do~ce chose c'est que la perspective 1>. '

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