La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

ÉCONOMISME, SOCIALISME ET SOLIDARISME ne se connaissent pas et se haïssent po~irtant d'une haine anonyme. comme le nom mème que port;;: cette for•11ede société. Faut-il la chercher au moins, cette solidarité, dans les rapports des actionnaires entre eux? Pas davantage; eux non plus, dispersés aux quatre coins du monde, peut-ètre ne sachant mème pas où est située l'entreprise à laquelle ils sont soi-disant associés, ne connaissant d'elle que les papiers à beaux dessins qu'ils ont en portefeuille, ne se touchent que par le lien d'un même dividende à palp;::r. « Inutile de multiplier ces co:1trast~s: il est évident qu'en toutes choses, une école qui pr.::nJ pour devis~ l'mtérèt personnel et,, l'aidetoi toi-mème » ne saurait se placer au mème point de vue qu'une école qui place son idéal dans le sentiment de notre dépendance mutuelle, dans l'adhésion joyeuse à cette dépendance et dans la bonne Yolonté de travailler à la réaliser. « L'école socialiste, elle, emploie plus ,·olontiers le mot de solidarité, surtout les a!1'u-chistes qui en font un fréquent usage. Et nous ne nions pas que c.es doctrines, en effet, ne trarnillent à réaliser à leur manière la solidarité ( 1), mais il ne parait pas qu'elles emploie11t les moyens les mieux adaptés à cette fin. Ces moyens sont, en effet. la lutte des classes, la suppression des inégalités et de toutes les institutions, telles que propriété, hér.:dité, etc., qui peuvent avoir pour résultat de les augmenter ou de les perpétuer. Or, la lutte des classes ne parait pas un moyen très propre à développer la solidarité entre membres d'une mème société, mais seulement entre les membres resp2ctifs des classes aux prises, de mème que la guerre ne parait pas un bon moyen de développer la solidarité internationale, quoiqu'elle puisse aYoir pour effet de fortifier cette solidarité entre membres d\m mème pays qui s'appelle le patriotisme. Qpant à la suppression des inégaliLés. ceci surtout parait à l'encontre des fins qu'on se propose. S'il est un fait bien démontré, c'est que la solidarité implique la diversité et l'inégalité des parties. Là où toutes les parties sont semblables, il peut y avoir juxtaposition, comme entre les grains d'un tas de sable, ou tout au plus ce que M. Durkheim appelle la s-:,lidarité mécanique, comme entre les molécules qui constituent un cristal, mais il ne saurait y avoir de solidarité véritable, et plus au contraire les individus seront difTérenci'és, plus leur coopération sera active. Il faut tendre à accroitre les variations des individus, non à les restreindre (2). <' L'école de la solidarité conclura donc qu'il est mauvais qu'un homme pui_sse se trouver affranchi des joies ou des douleurs corn- (1) «·si l'égoïsme et l'athéisme séparés, poussés chacun à l'extrème, sont pernicieux, associés ensemble, ils se résolvent en un troisième terme qui est la loi des societes de l'avenir. Cette loi, c'est la sol:darite >>. La Soci, 1~é lltultl'anle et l'.4narchie, par Jean Grave. Voy. aussi KROPOTKIIŒ, vassim. • (2) Metchnikoff dans l'ouvrage déjà cité et qui a une tendance nettement anarchiste, soutient, il est vrai, la thèse contraire.

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