LA REVUE !;OCIALISTE l'alimentati..:,n des bètes de somme et des gens se trouvent affectées aujourd'hui à la production du vin ; il en est résulté une cause générale de ruine. Une conversation de M. Emile Brousse député des Pyrénées-Orientales a\'ec un rédacteur de la Rerue lïnicole au sujet de la mévente persistante du vin et de l'exaspération des viticulteurs roussillonnais expose avec candeur les résultats de la culture individualiste de la vigne. M. Brousse parle d'après l'expérience d'un cas personriel: " On m'a ofTert à moi-mème, a-t-il dit, 1 1 francs la charge de 120 litres pour des aramons de coteaux titrant I0° 6. L'hectare ne produit pas plus de 50 à 60 hectolitres de ces vins: iI rapporterait donc une somme de 540 francs environ. Or, les frais sont de 500 francs. Reste donc un revenu de 40 francs. Si l'on calcule que l'hectare a coüté 6.000 francs, somme qui représente un revenu de 300 francs, on voit que le propriétaire qui ne retire que 40 francs est en perte de 260 francs par hectare de vigne. « Je puis vous citer un exemple personnel, a ajouté M. Brousse; nous avons besoin de fourrages pour nourrir nos chevaux, et, ne vendant pas notre vin, nous n'avons point d'argent pour en acheter. Je vais être obligé d'arracher trois hectares de vignes greffées l'an dernier et qui se trouvent dans un terrain arrosable où je ferai de la luzerne.» Voilà les remèdes indiqués, par un député à qui la compétence sur les questions vinicoles et viticoles a valu une autorité parlementaire d'ordre technique; il propose tout bonnement d'arracher les ceps et il donne l'exemple sur trois hectares de vignes greffées l'an dernier; ce sera toujours, d'après lui, une économie annuelle de 260 francs de perte de moins pour chacun de ces trois hectares. Cet arrangement personnel de philosophique résignation chez un député viticulteur n'est-il pas un aveu d'impuissance législative en face des maux à guérir ? ' La commune viticole organisée par le collecfü·isme-n'offrirait pas le spectacle de tant dïncohérences et de contradictions. Contrairement aux suggestions de l'intérêt personnel qui pousse l'individu à produire beaucoup dans l'unique but de s'enrichir, l'association communale ou cantonnale agricole conseillée et dirigée par la haute administration d'une République fédérative se préocwperait d'abord des besoins généraux à satisfaire. L'association des travailleurs agricoles se demanderait quelle est la quantité de céréales et de plantes fourragères que le territoire peut produire d'une manière utilisable sur place. L'agriculture n'est pas faite pour favoriser les spéculations financières dans le monde entier; elle <.loitavant tout se préoccuper du bien-ètre des populations rurales. Le
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