LA MÉVENTE DU VIN 287 bonheur découle plus naturellement d'une suffisante prov1s1on des valeurs d'utilité que de l'abondance inutile des valeurs d'échange. Dans les territoires des départementsdu Midi, selon les indications de la science, on prescrirait la moyenne du nombre d'hectolitres de vin à récolter de même façon que l'on prescrit déjà la culture du tabac, sans grave attentat à la liberté du cultivateur: les associations cantonnales organiseraient par des labours et des fumures sous la surYeillance et la direction d'agronomes la culture intensive la plus parfaite de la vigne. De grandes caves où la fermentation des raisins et la production vinicole seraient l'objet des soins et des contrôles que la préoccupation ·de l'hygiène publique réclame, seraient construites en nombre suffisant sur le modèle reconnu le plus propice aux différents terroirs. Dans tout ]e midi on récolterait des vins de marque pour laconsom111ation directe ou pour le coupage des vins faibles récoltés sous des climats moins privilégiés. Dans une œuvre complète de socialisme agraire, l'image des communes rurales organisées par l'esprit socialiste pourrait déjà se dessiner avec précision, en étudiant les procédés de culture appliqués en grand par l'individualisme. Les découvertes scientifiques marqueront les étapes de l'avancement dans les méthodes agricoles de l'avenir. Les socialistes savent ce qu'ils veulent et où ils vont: l'amour du progrès et la science les guident. A quoi bon se retourner du côté des calomniateurs systématiques du mou\'ement social qui emporte ouvriers et patrons des usines, employés et employeurs des mag:isins, journaliers et propriétaires des champs? L'avenir est aux socialistes: il leur est permis de ne pas perdre· patience. Les viticulteurs grevés d'hypothèques ne seront pas les derniers à comprendre que le socialisme seul peut les préserver de la spoliation prodrnine à laquelle le gouvernement serviteur de l'individualisme les a conduits en laissant faire la piraterie des hommes et en instituant l'anarchie des choses. Dans une réunion tenue à Millas, chef-lieu de canton des Pyrénées- -Orientales, un orateur roussillonnais s'écriait il y a quelques semaines: ,< Que le gouvernement y prenne garde? nos viticulteurs sont à bout de ressources. L'hiver, le rude hiver se fait sentir. Les travaux en exécution sont interrompus. Le grand propriétaire a fermé ses chantiers d'exploitation. Le travailleur est sans ouvrage ... il sera demai!; sans pain ! Le boulanger refuse tout crédit. Le mot de «révolte» passe dans toutes les bouches. Si on ne nous vient en aide sous peu, le paysan si bon et si résigné jusquà ce jour, va reprendre le cri de guerre de l'ouvrier parisien : « Du pain ou du plomb!»
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