La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA MÉVENTE DU VIN N'est-il pas préférable de marcher dans la voie tracée par le socialisme collectiviste pour faire consommer entièrement la production nat.urelle des boissons hygiéniques ? Les libertaires et les individualistes à outrance ont beau prétendre que le socialisme veut faire marcher le progrès à rebours et ramener l'humanité aux origines de la civilisation, le socialisme représente l'ave~ir et le rêve de l'âge d'or, tandis que ses détracteurs ne représentent que l'incohérence administrative du passé et du présent. Voyez comment le vin se produisait hier et se produit encore dans la plupart des communes viticoles. Chaque vigneron possède quelques arpents de terre, dispersés aux quatre points cardinaux du territoire de sa commune et souvent des communes voisines. Il va et il vient toute l'année d'une parcelle à l'autre, dépensant la moitié de ses forces et_de son temps à transporter de çi, de là, les instruments aratoires dont les vignerons se servent depuis les époques bibliques de l'arche de Noé. Au moment des vendanges, on redouble d'énergie pour remettre en état la vaisselle vinaire mal entretenue, malpropre et insuffisante, de caves innombrables plus sales les unes que les autres. Les crus des terroirs s'obtiennent au hasard des routines particulières et s'emmagasinent dans des celliers, où chaque individu est libre de droguer le jus des raisins et de remplir miraculeusement les cuves et les tonneaux, si l'envie lui en prend. Il est vrai qu'à côté de cette production restée dans l'ornière des vieilles habitudes, il existe dejà beaucoup de grandes caves où l'on a récolté et pressuré les raisins avec belle méthode pour le plus grand profit d'un seul propriétaire. L'action du propriétaire qui a savamment combiné l'exploitation d'un vaste domaine sans enclaves étrangers, doit servir de modèle à l'association collectiviste des communes viticoles. Examinons de près les faits accomplis par. l'individualisme dans une commune de ce genre et comparons-les avec les projets du collectivisme. L'individualisme a planté en vignes toutes les parcelles où le vignoble a pu rapidement être reconstitué et a laissé en friche les côteaux et les plateaux arides où la reconstitution par plants américains aurait demandé plus d'efforts et aurait fait naître moins d'espérances de gain immédiat. Pour ces communes livrées ainsi aux calculs égoïstes de l'individu, il y a double perte pour la collectivité : d'abord, les terres d'âpre culture réservées autrefois à la vigne, ont perdu toute valeur et ne servent à rien ; ensuite, les terres qui fournissaient la commune de fourrages ou d'autres plantes nécessaires à

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