LA REVUE SOCIALISTE La viticulture est bien à plaindre, si les pouvoirs publics d'un Etat civilisé se refusent à porter atteinte aux principes absurdes de la propriété individuelle et de la libre concurrence. Dans les produits industriels, lorsqu'un objet ne trouve plus d'acheteur à bon prix, une rapide transformation dans les fabriques ou les usines peut produire des marchandises différentes quî sont aussitôt vendues à prix rémunérateurs. La situation de l'agriculteur et surtout du viticulteur n'est pas la même. Il a dépensé pour reconstituer la vigne des sommes dépassant de beaucoup la valeur vénale du sol. Il préférera cent fois abandonner le gage à ses créanciers que de recourir à de nouveaux emprunts pour une autre culture. Jadis, quand les propriétaires commettaient une erreur du même genre, le mal était localisé. Les agriculteurs ont souvent procédé par engouements dans la production des valeurs d'échange. Lorsque le bois de "'hàtaignier ou de micocoulier s'est vendu à bon prix pendant quelques années dans une région des Pyrénées, les plantations de châtaigniers ont couvert les montagnes du pied jusqu'à la cîme, et celles de micocouliers ont envahi les prés et les jardins de quelques vallées. Les mêmes bois ne trouvant plus d'acheteur, les propriétaires laissent pousser en futaies les taillis des châtaigneraies sur les montagnes, ou se décident à l'ai rachage coûteux des profondes racines du micocoulier dans les jardins, pt.. 1ir remettre à sa place les arbres fruitiers des vergers d'autrefois. Lorsque, avant la c:~couverte des teintures chimiques, moins chères, les racines desséchée~ ~t pulvérisées de la garance avaient été vendues à prix rémunérateur sur quelque point de la vallée du Rhône, chacun dans la région se mettait à cultiver la même plante, quitte à l'arracher quelques années plus tard, si le trop grand nombre des racines en culture amenaient un désespérant bas prix. Les effets funestes de pareilles erreurs ou de semblables imprudences agricoles, ne prenaient pas alors le caractère de calamité publique que l'on est bien obligé de reconnaître à la crise viticole actuelle. Nos gouvernants assisteront-ils sans s'émouvoir, à l'arrachage des vignes jusqu'à ce que l'effet de la production s'équilibre harmonieusement avec la demande de la consommation? Laissera-t-on faire, selon les principe~ sacro-saints d'une liberté menteuse, les propriétaires les plus hardis transformer leurs exploitations agricoles, de manière que les viticulteurs les plus indolents voient augmenter la valeur de léurs vignes au fur et à mesure des sacrifices consentis par les autres? Est-ce juste que les plus paresseux profitent de l'initiative laborieuse des plus vaillants?
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