La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

ÉCONOMISME, SOCIALISME ET SOLIDAR:SME mutuelle corrélation et la tendance à l'organisation des co11ectivités et des sociétés. C'est pourquoi nous pensons que l'expression de solidarisme aurait Î'avantage d'impliquer une formule pins compréhensive et plus explicite, et de faire rentrer notre conception de la loi sociale dans la conception universe11e des choses, dans le solidarisme universel. Ce n'est du reste point là chose nouvelle, car « toutes les écoles sociales, anarchisme, co11ectivisme, socialisme chrétien, libéralisme même, revendiquent la solidarité. Et même dans les programmes électoraux que viennent de publier les deux mille candidats à la députation en France, on le trouvera au moins mi11e fois.» C'est au point que 4< si la devise républicaine, liberté, égalité, fraternité, était à refaire, notre mot prendrait la place de l'un de ces trois termes, et peut-être même, à lui seul, les remplacerait tous les trois. » Ch. Gide, (1) auquel nous empruntons ces citations, fait remarquer que « la formule économique de la solidarité nous permettra tout d'abord de nous distinguer d'une façon assez nette de l'école libérale classique. Ce n'est pas que la liberté et la solidarité soient incompatibles, puisque nous venons de voir au contraire que la solidarité tend à se réaliser dans la liberté. Mais si c'est là qu'e1le tend, ce n'est pas de là qu'elle vient: elle vient des fatalités naturelles: donc. l'école qui a apprécié les bienfaits de la solidarité, mèrne sous la forme coercitive, ne fera pas de la liberté un critérium infaillible pour juger de la valeur des doctrines ou . des institutions : elle n'y cherchera pas la solution unique. Par exemple, elle ne repoussera nu11ement l'intervention de l'Etat dans les questions économiques, car l'Etat lui apparait comme une forme très remarquable- la forme la plus large - de la solidarité sociale, et encore que cette forme soit coercitive, elle ne l'estime pas moins d'une haute valeur morale (,). Elle se réjouira donc quand l'Etat forcera par des lois les propriétaires rapaces à aménager leurs immeubles dans l'intérêt de la santé publique, ou les patrons à se préoccuper de la santé de leurs ouvriers, ou les boutiquiers récalcitrants à fermer leurs magasins le dimanch(pour ménager la santé de leurs employés, ou quand il soumettra à des règlements draconiens les débitants d'alcool ou les kiosques qui vendent des feuilles obscènes. La loi, a-t-on dit, doit ètre la conscience de ceux qui n'en ont pas: c'est très bien dit, mais il ( 1) L'idée de solidarité en tant que. programme économique, Rev. int. de Sociologie, 1893. ( 1) D'ailleurs, si r on peut dire que r association représ8ntc'e par l'Etat n •est pas libre, puisqu'on y entre par la naissance, on ne saurait cependant dire qu'elle est coercitive, car nous y adhérons volontairement et spontanément, et tout bon citoyen ratifie mille fois dans sa vie la qùa!ite de Français que la loi lui a conféree. Et au bout du compte il est libre de se dépouiiler de cette qualite en se faisant naturaliser etranger. Quant au fait que dans cette association qui s'appelle l'Etat, chacun de nous doit subir la loi de la majorité, on peut en dire autant de toute association. C'est précisément la théorie de Wundt dont nous avons parlé. C'est comme repréi;entant la solidarité sociale qu'il attache à l'Etat une importance incomparable. \

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