La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

22 LA REVUE SOCIALISTE comme si nous voulions baser notre conception de la vie sur les doctrines de l'animisme ou les théories physiologiques d'Aristote ou de Saint-Thomas. Pour nous, le socialisme n'est pas seulement une doctrine, c'est surtout une question d'évolution sociale, c'est la tendance manifeste de nos sociétés modernes encore si superficiellement et si arbitrairement organisées, à passer d'un état incoordonné, instable, antinomique, à une correspondance plus adéquate, à une solidarisation des facteurs et des organes, en un mot, à ce que nous appelons la socialisation, laquelle est, pour une société, ce que l'organisation est pour un organisme. Ainsi envisagé, le socialisme devient singulièrement plus facile à comprendre dans ses causes. c'est-à-dire dans ses origines et ses sources, dans ses manifestations, c'est-à-dire dans les doctrines et les revendications qu'il provoque, et dans ses effets, c'est-à-dire dans les tendances et les transformations sociales qu'il prépare. Ce qu'il ne faut jamais oublier quand nous parlons d'un système de réformes, c'est que nous ne de\'ons pas juger d'une réforme à un point de vue exclusif, comme si elle devait être seule. Voilà pourquoi le Socialisme constitue une expression excellente, parce qu'elle est la plus compréher,sive que nous puissions avoir. Voilà pourquoi aussi nous défendons la conception mtégrale et non pas seulement la systémisation économique du socialisme. Si maintenant nous constatons une tendance du socialisme à revendiquer la forme collectiviste, c'est parce que la perception de plus en plus réaliste des conditions et caractères de de l'évolution sociale amène de plus en plus les esprits à comprendre la nécessité. pour l'organisation sociale nouvelle, de se diviser, de se différencier en collectivitcs qui correspondent, dans l'organisme social, aux divers appareils ou organes dans l'organisme biologique. li n'y a là qu'une manifestation de la division du travail social qui tend à se coordonner en collectivités comme la division du travail biologique a pour effet la coordination des éléments anatomiques en organes. Le collectivisme n'est donc qu'une systémisation de la coordination des collectivités, c'est l'application à l'organisation économique du mode de groupement de fédération des populations en familles, tribus, communes, pr-o\'inces ou nations ; c'est la conclusion à laquelle doit nécessairement amener la perception de plus en plus nette de l'avantage qui découle de l'union et non de la lutte pour l'existence, c'est le seul moyen pour les faibles d'assurer par leur coopération, par leur solidarisation, leur propre triomphe sur les forts. Seulement l'expression de collectivisme, si elle implique bien le mode de fédération ou de coordination et de groupement des intérêts et des indi\'idus, a toutefois, comme le mot socialisme lui-même. l'inconvénient grave de ne pas exprimer le caractère de dépenda_nce, la

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