280 LA REVUE SOCIALISTE Dans un pays varié de climats et de races comme la France, le parti ouvrier comprend mieux que le parti du travail des plaines de l'ouest aux Etats-Unis, l'opportunité de ne pas heurter avec brusquerie les sentiments instinctifs qui attachent le paysan à sa terre. Est-ce que les hauts vallons des pays montagneux où l'apreté du sol rend la culture ingrate resteraient habités si ramour de la terre arrosée des sueurs paternelles n'y retenait pas les fils par l'instinct atavique de la possession ? Le chiffre de 5,ooo francs est évidemment arbitraire. Il a simpJ.ement la valeur d'un symbole comme l'uniformité purement idéale des trois huit, marquant les heures de travail, de repos et de sommeil. Le chiffre énoncé pour modérer les exigences du fisc vis-à-vis de la petite propriété signifie que l'étendue de terre considérée comme l'instrument de travail pour une famille de paysans doit rester pour cette famille un bien inaliénable, à la condition que la fonction sociale de sa culture y soit toujours ponctuellement remplie. Cette manière de comprendre le droit à l'héritage est bien conforme à la doctrine saint-simonienne commentée par Bazard et Hyppolite Carnot. « Ils nous répètent sans cesse », écrivait Carnot II de l'heureuse dynastie républicaine des Carnot en parlant des défenseurs de l'ordre individualiste et de la propriété individuelle, « que la propriété est la base de l'ordre social, nous aussi nous proclamons cette éternelle vérité. Mais qui sera propriétaire ? « Est-ce le fils oisif, ignorant, immoral du défunt, ou bien est-ce l'homme capable de remplir dignement sa fonction sociale? Ils prétendent que tous les privilèges sont détruits. Eh ! Qu'est-ce donc que l'hérédité dans le sein des familles? Qu'est-ce que la transmission de la fortune des pères sans enfants. sans autre raison que la filiation du sang, si ce n'est le plus immoral des privilèges, celui de vivre en société sans travailler, ou d'y être récompenséau-delàde sesœuvres ?» Le congrès ouvrier de Marseille a fait le silence sur les mesures à prendre pour attaquer le mal social des grandes propriétés dans sa racine, c'est-à-dire à l'heure de la transmission aux héritiers rendus possesseurs en vertu de droits hors nature. Cela ne veut pas dire que les classes laborieuses se désintéressent du mouvement d'opinion qui oblige déjà les conservateurs les plus fanatiques à reconnaître l'équité d'une augmentation des droits de succession en ligne collatérale. Mais les propagateurs autorisés des doctrines socialistes ont voulu confondre les calomniateurs qui les représentent aux yeux du paysan comme des ennemis de la petite propriété, comme des partageux désirant mettre en tas tous les fruits de la terre pour une distribution systématiquement égale sans établir la moindre distinction entre les labo-
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