LA MÉVENTE DU VIN 275 son multiplier ces établissements dans une proportion effrayante et faire naitre un fléau presque inconnu en France jusqu'alors, l'alcoolisme. Nous avons vu la liberté de production qui d~vait se régler si admirablement par ce mécanisme autonome de l'offre et la demande qui arrachait à Bastiat des cris d'enthousiasme, - nous l'avons vue, dis-je, engendrer la crise à l'état chronique, en sorte que ces crises sont devenues comme u11état constitutionnel, une sorte de diathèse du corps social, pour employer le terme dont se servent les médecins quand ils ont à expliquer quelque maladie qu'ils ne comprennent point. >' Il semble qu'en préséntant ces justes observations aux Genevois qui l'écoutaient, M. Charles Gide avait déjà la vision des troubles éco_ nomiques dont la viticulture de !'Hérault ressent aujourd'hui l'atteinte incurable. Les funestes résultats de la liberté individuelle constatés par l'examen des causes de la mévente du vin sont trop nombreux pour qu'ils soient tous mis en lumière. Les longues considérations présentées sur les pratiques délictueuses et lentement homicides des intermédiaires pour la vente des vins, n'ont éclairé qu'un côté de la question. Q\.tipourrait énumérer les précautions coupables du producteur lui-mème pour ne jam~is rien perdre du fruit de son travail? Lorsqu'ils jugent à propos de rougir davantage la couleur de leur vin, pensez-vous que les propriétaires n'aient jamais eu recours à la fuschine ou à toute autre drogue sans s'inquiéter autrement de la santé du consommateur? Les viticulteurs ~ui ne cessent pas de réclamer la liberté du plàtrage pour conserver la bonne tenue de leur vin, se laissent-ils guider par l'humanitaire souci de l'hygiène publique ? Les viticulteurs d'Algérie qui réclament la liberté de viner leur récolte jusqu\1 1 5°9 pour faire concurrence aux vins d'Espagne remontés d'alcool allemand, ont-ils la moindre inquiétude des effets de l'alcoolisme chez les consommateurs parisiens? En laissant faire l'individu, lorsqu'il s'agit de denrées ou de boissons alimentaires,les falsifications et les altérations nuisibles à la santé . sont devenues inévitables. Sous un régime social basé sur la propriété individuelle, chacun fait usage de sa liberté pour s'enrichir par n'importe quel moyen, le plus rapide étant généralement considéré comme le meilleur. Les boissons autres que le vin et la plupart descomestibles de\'iennent, gràce aux suggestions de la liberté commerciale et di! la rapacité individuelle, des aliments d'origine équivoque et de composition hétéroclite. Les chimistes découvrent dans la bière de certaines brasseries l'acide picrique, le buis, l'aloès, la noix vomique, quelquefois même la .strychine.
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