La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

2j4 LA REVUE SOCIALISTE Les vignerons du midi suivront le mouvement des ouvriers industriels ks plus intelligents. Au lieu de rester à l'étoat d'atomes imfü·iduels sans cohésion aucune, les paysans de toutes les régions doiYent s'enrôler et se discipliner pour organiser la puissance invincible du nombre. A !"heure décisiYe d"entente pour la grève, quelle différence de visage et de pensée entre le traYailleur isolé qui se courbe sous le regard du maitre, .et son camarade syndiqué qui se dresse debout de\'ant le patron 1 Le premier éprouve malgré lui la confusion du misérable mordu par le remords d"une mauvaise action; le second présente sa poitrine gonflée de légitime orgueil et porte dans ses yeux la flamme du devoir. Ce!t,i-ci fait appel à la liberté du travail : il se proclame esclave. Celuilà s'attache au faisceau de la solidarité : il a l'e~prit de l'homme libre; il a l'âme d'un héros et d'un martyr. Q!.1eles viticulteurs des pays ro:.iges de la France donnent au monde l'exemple de l'assoc1ation obligatoire comme l'instruction publique, comme Je service militaire, et ils seront les premiers fondateurs de la vraie liberté. Les paysans du Midi s'élèveraient au-dessus des autres ouvriers, en prouvant qu'ils mettent leur honneur à s'enrégimenter pour conquérir l'égalité civique. La liberté du vote dont il faut garder la conquête ne doit être considérée que comme le moyen d'égaliser les conditions !ociales. La liberté individuelle sans devoirs de solidarité et sans droits à l'égale justice entre les citoyens d'une même commune est une simple dérision. Pour rentrer dans le cadre spécial de cette étude, voyez à quels abus le sens mal compris du mot Liberté a conduit la production et la répartition de nos richesses vinicoles. On sait~ quels résultats opposés à l'intérêt général aboutit la libre concurrence commerciale en matière de vins naturels ou artificiels et en matière d'alcools. M. Charles Gide, le savant professeur d'économie politi.:iue à l'université de Montpellier fit en mars 1890 à !'Aula de l'université de Genève, sous les auspices de la Société chrétienne suisse d'économie sociale, une conférence remarquable d'où les partisans de l'intervention de l'Etat peuvent tirer un sûr enseignement. M. Charles Gide se demande quels sont les résultats de la liberté. ,, La liberté du commerce? Elle a fait, dit-il. pulluler ces intermédiaires et marchands au détail qui ruinent d'abord le producteur pour lui acheter trop bon marché, puis le consommateur pour lui vendre trop cher, et î111alement se ruinent cux-mèmes pour être trop nombreux. Nous a,·ons vu la suppression de l'autorisation pour les débits de bois-

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