La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

2j0 LA REVUE SOCIALISTE militaire nous sommes dans une époque de transition. Nous pouvons dire avec le général Derrécagaix: « Depuis le jour où l'exemple de la Prusse a forcé les puissances européennes à transformer leurs institutions militaires, et à ;mettre sous les armes tous les hommes valides depuis le perfectionnement des armes à feu, depuis le développement des voies ferrées et des communications électriques, les règles de l'art militaire ont subi des changements qui s'affirment chaque jour davantage, et qui placent les armées dans une véritable période de transition. Celles d'aujoujourd'hui ne sont plus celles de t8jO, et celles de l'avenir nous réservent sans doute plus d'une surprise.» (Guerre moderne I. 1) Sans doute, même, c'est immédiatement après nos revers de 18jo qu'il eût été habile, au lieu de copier servilement nos vainqueurs, d'apporter à notre organisation militaire des améliorations aussi hardies que celles dont la Prusse avait pris l'initiative après Iéna, de l'adapter à notre nouvelle constitution politique, et de la rendre assez souple pour se prêter à nos tendances démocratiques; mais fidèle à ses traditions égoïstes, la bourgeoisie n'a pas craint de faire passer ses intérêts de classe aYant le souci de notre avenir national. C'est bien à tort que l'on attribue à nos républicains bourgeois le mérite d'un relèvement incontestable; en adoptant le système prussien, en faisant entrer la nation entière dans les cadres de l'armée permanente, nos législateurs o'ont fait qu'introduire chez nous ce que des gouvernements monarchiques ont réalisé en Autriche-Hongrie et en Italie. C'est au parti socialiste qu'il appartiendra de reprendre l' œuvre devant laquelle a reculé la bourgeoisie, et, en armant réellement la nation, de rendre notre territoire plus inviolable que si son sort est lié au succès de quelques batailles rangées. li convient d'ajouter pourtant, que si à l'heure actuelle nous ne pouvons envisager sans appréhension l'éventualité d'une guerre, il serait bien injuste d'en rendre responsables les officiers auxquels a incomté le soin de notre défense. Les fautes commises sont tout entières imputab'.es à la classe au pouvoir et nullement à ceux qu'elle a chargés de la réalisation de ses conceptions étroites, à ceux dont, au contraire, le dévouement est prouvé par les progrès évidents effectués dans notre instruction militaire, notre armement et notre mobilisation. Sans doute nos officiers n'eussent pas ménagé davantage leur concours à la création d'une force armée conçue suivant des vues moins égoïstes, et l'examen même de notre littérature militaire, des critiques qu'elle renferme, des considérations philosophiques qui y abondent, montre que plus d'un écrivain a constaté avec regret les imperfections de notre organisation présente. Peut-être nous reprochera-t-on de n'avoir envisagé que l'hypothèse d'une guerre défensive, alors que les populations des provinces annexées

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