La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

L'INSTRUCTION CANTONALE ET LA DÉFENSE DU TERRITOIRE 269 qu'elle n'a guère été jusqu'ici qu'1mprovisée et non organisée, et qu'on ne l'a jamais considérée que comme une ressource de la dernière extrémité, après la défaite des armées de campagne. C'est dans cette seule hypothèse d'ailleurs qu'on peut la vaincre avec des colonnes mobiles nombreuses et d'effectif restreint, dont l'emploi serait impraticable tant que subsistent des troupes régulières. Nous venons de voir que bien au contraire la défense locale doit être employée dès les premières heures de la lutte, et qu'avant d'en faire l'arme du désespoir on doit tout d'abord l'utiliser. à assurer la sécurité des armées mobilisées, à priver l'ennemi des renseignements indispensables à sa marche, à user sa force et son moral pour le placer dans un dangereux état d'infériorité au moment où le choc des armées viendra à se produire. Voici maintenant les deux seules objections que l'on peut soulever contre nos assertions. En premier lieu le patriotisme est encore trop peu ardent, surtout dans les campagnes, pour que l'on puisse fonder grand espoir sur le système proposé. Nous n'en disconvenons pas, mais nous préconisons précisément l'instruction cantonale, commencée dès l'adolescence et poursuivie après la libération du service actif, comme le meilleur moyen de stimuler le civisme, encore trop rare actuellement. En second lieu, on peut redouter qu'une lutte pied à pied n'entraîne comme conséquence la dévastation du pays envahi et même des sévices contre les personnes. La dévastation est moins à craindre qu'on ne suppose; les armées modernes ont besoin d'immenses ressources en vivres, fourrages et cantonnements; l'ennemi se gardera bien de se les enlever. Quant aux sévices contre les personnes, on peut s'en défendre en préparant l'évacuation du territoire menacé, par toutes les per~nnes hors d'état d'y rendre des services; la marche de l'ennemi sera assez retardée pour que cette retraite soit toujours possible, et son exécution n'a pas été reconnue impraticable, puisque le général Brialmont, parlant de camps retranchés d'une superficie comparable à celle que parcourt quotidiennement une armée, écrit : « Si le droit des gens ne permettait pas de considérer comme non belligérantes les populations des localités qui se trouvent dans l'intérieur des régions fortifiées, et si par conséquent l'ennemi leur interdisait d'en sortir et d'y rentrer librement, l'intérêt de la défense exigerait qu'on les expulsât, à l'exception des hommes valides et des citoyens prouvant qu'ils ont des vivres et des combustibles pour six mois, Cette mesure doit, dans tout état de cause, être appliquée rigoureusement aux habitants des forteresses de la région. » (Régionsfortifiées, 158.) La nécessité impérieuse d'une résistance locale préparée par une instruction cantonale, dont les transformations dans l'armement et la simplification des manœuvres favorisent l'adoption en permettant de restreindre la durée du service sous les drapeaux, pouvait déjà être pressentie depuis plusieurs années, car il est manifeste qu'au point de vue

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