La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE ralentie; car chaque soir, après avoir quitté la colonne, chaque unité devra par ses propres soins pourvoir à ses cant,onnements et à sa subsistance, qui parfois même deviendront Je prix d'un combat. En outre, en présence de partisans résolus, la sécurité des cantonnements pourra être assez compromise pour am<rner un affaissement rapide du moral des troupes. De tels avantages ont-ils échappé à l'attention des écrivains militaires? Nullement; le général Derrécagaix écrit : Le défenseur peut employer toute sortes de troupes dans une contrée couverte ou dans de solides positions. Il peut enfin utiliser les levées populaires, dont l'assaillant ne saurait tirer parti.» (Guerre moderne, I, 616.) Parmi les mesures à adopter en cas de guerre, le général Pierron mentionne : « Préparer l'encadrement, l'armement et les cartes nécessaires aux corps francs destinés à paralyser les mouvements enveloppants de la cavalerie ennemie et à lui barrer le passage à l'aide des bois, fourrés et défilés. » (Défense des frontières de la France, I, 358.) Et un peu plus loin : « Préparer la création de corps volants, ou de partisans, destinés à servir de liaison entre les armées collatérales, à éclairer les flancs des armées d'aile et à barrer le chemin aux divisions de cavalerie ennemie, en occupant les fourrés, bois, défilés. » Pourtant les corps francs, formés en partie d'éléments étrangers à la région, ont été l'objet de bien des critiques, à la suite de la dernière guerre. On leur reprochait d'être moins nuisibles à l'ennemi qu'aux nationaux, qu'ils pillaient sans vergogne et sur lesquels ils attiraient de fréquentes représailles. Des troupes locales ne sauraient du moins encourir le premier reproche; de plus leur emploi a déjà la sanction de l'expérience. « Les efforts de la Catalogne dans la dernière lutte (1808-1814) sont inouïs. Elle a armé presque tous ses habitants en état de porter les armes, sous la dénomination de somatènes, espèce de milice depuis longtemps particulière à cette province. Au premier coup de cloche, ou à tout ~utre signal, iis se pourvoyaient de vivres pour plusieurs jours, se rendaient sur les positions reconnues les plus fortes de leurs cantons respectifs, et contribuaient avec et plus que les troupes de ligne à la défense du pays. Les miquelets (troupes légères) campaient avec les troupes de ligne et prenaient part à toutes les opérations, pendant que les somatènes gardaient les montagnes, les routes, les défilés, rendaient impraticables les communications, éclairaient la marche des colonnes ennemies sur leur front et sur leurs flancs. appuyaient tous les mouvements et protégeaient les retraites de l'armée de ligne. Les habitants des places fortes défendaient eux-mêmes leurs remparts, dévouement qui, permettant dè réduire les garnisons, laissait disponible un plus grand nombre de soldats. (Maréchal Gouvion Saint-Cyr, cité par le général Pierron, Défense desfrontières, I, 101.) Si la défense locale n'a jamais été estimée à sa juste valeur, c'est

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==