La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

L'INSTRUCTION CANTONALE ET LA DÉFENSE DU TERRITOJRE 267 ,, Le bataillon s'arrête, interrogeant l'horizon pour voir si aucun corps ennemi ne paraît. Rien ne se montre. Au même instant un second coup de feu retentit, un nouveau soldat tombe. Cinquante fois nous entend~ns se répéter cette détonation isolée, cinquante fois un de nos hommes est frappé d'un coup mortel. « A la fi11,j'ordonne de faire halte. Un détachement reçoit l'ordre de tourner la maison pour voir d'où partent ces coups de feu. On aperçoit alors un. seul sergent français et un soldat debout derrière le mur. Le soldat chargeait et rechargeait sans cesse un chassepot qu'il passait au sergent. Celui-ci ne prenait que le temps d'épauler, de viser, et aucune de ses balles n'était perdue. Ainsi deux hommes, seuls, privés de tout secours, avaient arrêté notre bataillon et causé ce ravage épouvantable. On leur fit vainement signe de se rendre. Tout fut inutile. 11 ne restait plus qu'à commander le feu. Les deux braves tombèrent et le bataillon put continuer sa marche. « De tels faits sont trop glorieux pour qu'on les passe sous silence, quelles que soient les inimitiés des nations. - GERICKE, lieutenant au 4r régiment de ligne, de l'armée royale de Prusse. » L'emploi régulier de semblables moyens de défense aurait tout au moins pour effet d'entraîner une prolongation de la durée de la lutte, que dès maintenant on prévoit ne pas devoir être inférieure à deux jours. Or tout accroissement de cette durée est favorable au défenseur, qui, disposant encore· des voies ferrées, des approvisionnements réunis à l'avance, peut 'rassembler et nourrir dans l'intervalle un nombre d'hommes supérieur à celui dont dispose l'attaque. Si enfin nous envisageons l'éventualité d'une défaite, la défense locale peut encore apporter des entraves à la poursuite qui incoP.,be principalement à la cavalerie du vainqueur. Nous pouvons encore mentionner deux considérations secondaires favorables à l'organisation d'une défense locale. On admet généralement que pour une arm<ie qui se trouve exposée à la rencontre de plusieurs autres, d'un effectif total supérieur au sien, il est extrêmement avantageux d'opérer en lignes intérieures, c'est-à-dire de se placer entre ces armées assez éloignées pour ne pouvoir effectuer leur réunion en un jour, de façon à se porter de l'une à l'autre et à les vaincre successivement. Il est évident que toutes les circonstances qui ralentiront la marche des armées augmenteront pour le défenseur la probabilité d'utiliser les avantages d'une telle combinaison. Le rôle de la cavalerie, d'autre part, n'est pas seulement de serrer de près l'ennemi pour se renseigner sur sa force et ses intentions ; il est aussi de préparer les réquisitions pour l'armée qu'elle protège et qu'elle précède, en empruntant, si faire se peut, le concours même des populations _des contrées envahies. Qu'elle devienne impuissante à remplir ces fonctions, et la marche de l'assaillant sera de beaucoup

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