L'INSTRUCTION CANTONALE ET LA DEFENSE DU TERRITOIRE 265 mais la caYalerie, pour remplir sa tâche, doit elle-même se fractionner en un très grand nombre de patrouilles d'un effectif restreint; de plus elle ne peut parcourir sans fatigues excessives, usant rapidement les chevaux, que les routes ou sentiers où se rencontrent à chaque pas des obstacles, bois, ponts, villages, où la moindre poignée d'hommes peut tenir en échec des fractions notables de cavalerie. « Si dans le cas d'une guerre défensive et sans qu'il en résultât une diminution dans le nombre et la valeur des troupes ~obiles, ni dans l'énergie que l'on doit mettre dans leur emploi, on pouvait sérieusement fortifier toutes les villes du théâtre de la guerre, interdire à l'ennemi, par des ouvrages de fortification, toutes les voies de communication, en se réservant la possibilité de s'en servir, on se procurerait ainsi la plus grande sécurité possible contre l'attaque. » (Blume, Stratégie, cité par le général Derrécagaix, Guerre moderne, I, 202.) Or, contre la cavalerie le moindre obstacle est fortification. Celle-ci pourrait à la rigueur démonter une partie de ses hommes pour livrer un combat à pied; mais il faut admettre que le défenseur, au début d'une campagne surtout, ne restera pas inactif, et pour peu que la défense locale soit appuyée par quelques troupes régulières sillonnant la région, le commandant de la cavalerie se gardera bien de la hasarder dans des combats à pied, l'exposant à d'irréparables désastres. Il restera encore aux divisions de cavalerie indépendante la faculté de canonner les villages qui barrent sa route; mais elles ne disposent que de six batteries d'artillerie, force bien insuffisante pour produire un effet décisif, et d'ailleurs, il arrivera fréquemment que le point d'appui de la défense ne sera pas un lieu habité. Il en résulte qu'un pays envahi peut, sans affaiblir les armées de campagne, disposer de ressources assez importantes pour réduire à néant les services que peut rendre à l'ennemi sa cavalerie d'exploration. L'emploi de ces forces, inutilisées jusqu'à présent, n'est pas seulement une faculté à l'usage de laquelle il soit possible de renoncer, c'est une nécessité d'autant pLs impérieuse que notre propre cavalerie est moins nombreuse et moins bien montée que celle de nos adversaires. « On peut se demander quelles conséquences aurait pour une armée, au lendemain d'une déclaration de guerre, un raid (incursion) hardi exécuté par huit ou dix brigades de cavalerie, accompagnées chacune d'une batterie, se jetant brusquement sur le territoire ennemi, détruisant les voies ferrées, les ouvrages d'art importants, les quais de débarquement, incendiant les magasins, semant la terreur dans la population jusqu'à soixante lieues de la frontière, arrêtant du même coup la mobilisation et la concentration. Il suffit d'y songer pour prévoir la perturbation qu'un pareil événement causerait d'un côté, quelle confiance, quel espoir de vaincre,
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