LA REVUE SOCIALISTE évident par rapport à l'armée de la défense. Voyons donc si le pays présente encore des ressources suffisantes pour entreprendre cette défense locale, alors même que tous les hommes susceptibles de supporter les fatigues d'une campagne aurai~nt rejoint la partie mobile de !'élrmée (1). Chaque armée d'invasion serait accompagnée de deux divisions de cavalerie chargées du service d'exploration, représentant ensemble 6,000 sabres au maximum. Le front de marche est de cinquante kilomètres; mais en outre la cavalerie doit assurer la liaison avec les ;irrnées voisines ou la protection des flancs. Considérons par exemple la frontière franco-allemande; en supposant respectée la neutralité de la Belgique et de la Suisse, en admettant que nos deux barrières fortifiées Toul-Verdun, Epinal-Belfort, ne pussent être emportées de vive force, les points par lesquels pourra s'effectuer l'envahissement de notre territoire sont seulement au nombre de deux, ne pouvant chacun tout d'abord livrer passage qu'à une armée. « La frontière, entre les limites de la Suisse, à Montbéliard, et celles de la Belgique à Montmédy, a cinquante-quatre lieues de longueur; or, les trouées de MontmédyVerdun (trouée de la Meuse), et de Toul-Epinal (trouée de la Moselle), n'ont entre les zônes battues par les canons des forts de ces places que six lieues de largeur. C'est donc par ces couloirs, relativement étroits, que l'ennemi, pense-t-on, sera obligé d'envahir la France.» (Brialmont, les Régions fortifiées, 169-170.) Une fois ces défilés franchis, les deux armées prendront aussitôt que possible leur front normal de marche de cinquante kilomètres, occupant ainsi ensemble cent kilomètres. L'exploration de la cavalerie n'en devra pas moins s'étendre aux cent vingt-six kilomètres restants, ce qui porte à 60 + 50, soit au moins cent kilomètres la zône d'exploration de chacun des groupes de deux divisions de cavalerie. La longueur de la marche journalière étant communément de 2 5 kilomètres, la superficie à explorer ne sera pas inférieure à 2,500 kiJ.omètïes carrés. Or la population masculine de 17 à 20 ans d'une part, de 45 à 55 ans de l'autre, est par kilomètre carré de 5,5 en moyenne. On peut sans exagération supposer pour la défense locale cinq combattants éventuels par kilomètre carré, car une partie des hommes de 21 à 45 ans, impropre au service en campagne, sera utilisable sur place et viendra compenser les non-valeurs des groupes précédents. Les 2,500 kilomètres carrés pourront donc fournir 12,500 combattants, chiffre double de celui de la cavalerie de l'armée d'invasion. Ces hommes sont, il est vrai, disséminés sur une étendue considérable ; (1) Nous pensons même qu'il serait avantageux d'employer à ce service les der ni ères classes de la réserve de l'armée territoriale. On s·est d'ailleurs engagé timidement dans cette voie en choisissant parmi elles des hommes chargés de la garde des communications.
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