La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

.. L'INSTRUCTION CANTONALE ET LA DÉFENSE DU TERRITOIRE 263 foyer. La dernière guerre nous a fourni l'exemple de bien des défaillances chez les populations des territoires envahis ; beaucoup assurément eussent été évitées si la continuité des exercices militaires dans 1es cantons eùt tenu en éveil le patriotisme des habitants. La praüque des exercices physiques avant l'incorporation, la fréquentation obligatoire du tir après la libération du service eussent stimulé la force morale et le civisme de ceux qui s'y seraient adonnés. D'ailleurs l'amour du clocher préexiste à l'amour de la patrie, qui n'en est que la généralisation; n'est-il donc pas naturel que l'étude de la défense du village serve de préparation à la défense nationale? elle serait tout au moins une puissante incitation à un~ résistance locale qui, seule organisée, serait actuellement inhabile à assurer l'intégrité du territoire, mais qui garantirait toutefois un important élément de succès aux armées qui doivent assumer cette tâche, Pour nous en convaincre il nous suffira -d'envisager les conditions dans lesquelles s'effectuerait une guerre, en -cédant le plus souvent possible la parole à des écrivains militaires autorisés. Pour vivre aisément, pour marcher le plus rapidement possible, les armées doivent développer leur front autant que le permet l'obligation de se concentrer en une journée pour cornbattre; cette condition mite l'étendue du front de nurche à cinquante kilomètres, pour que soit possible, avant la fin du jour, le rassemblement sur le front normal de combat de dix-huit kilomètres, d'une armée composée de trois corps de première ligne et de deux corps de réserve, comprenant 150 à 160,000 hommes. Puisque la concentration de ces forces exige un jour, faut que le général en chef soit instruit, un jour au moins à l'avance, de la présence de l'ennemi, autrement dit, qu'il soit éclairé par sa .cavalerie au moins à une journée de marche. « li faut d'abord savoir où est l'ennemi, c'est-à-dire résoudre ce problème qui se présente -chaque jour, à toute heure, dans toute circonstance, et sans la solution duquel un général en chef ne peut que s'agiter dans le vide. li est alors comme une âme en peine, comme un corps aveugle qui ne sait où porter ses pas, qui avance d'un coté pour reculer de l'autre. qui use ses forces dans des tentatives impuissantes, dans une hésitation inquiète, jusqu'au moment où le premier obus de l'ennemi vient lui apprendre que ce dernier a su voir clair et prendre l'offensive. li faut en conclure que le premier acte de toute armée qui entre en opérations est d'envoyer sa cavalerie en exploration. (Von der Goltz, cité par le général Derrécagaix, Guerre moderne, I, 479.) Il est désormais impossible à une troupe, quelle que soit sa force, de s'établir sur une position sans être éclairée au moins à une journée de marche. Si une défense locale peut s'opposer aux reconnaissances de c..-,a1erie, elle placera l'armée envahissante dans un état d'infériorité

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