La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE assez. savantes rour pénétrer les hommes du sentiment de solidarité pendant leur pas~age au régiment, n'est-il pas chimérique de penser que plus tard il Lur suffira de revêtir l'ancien uniforme, pour que le même sentiment s'impose de nouveau à leur intelligence, si la législation, si les procédés du gouvernement sont en contradiction flagrante avec lui ? Il est incontestable que les exercices physiques agissent puissamment sur le développement de l'énergie du caractère, qu'ils stimulent l'audace et la décision; c'est donc à juste titre qu'ils tiennent une place considérable dans les programmes d'éducation militaire. Mais n'est-ce pas aussi un sérieux motif pour qu'ils soient pratiqués sans interruption. en dehors même de la période consacrée au service actif? Les règlements, les manuels d'éducation admettent en principe que l'homme arrivant au corps est à peu près complètement dépourvu de vigueur et <le souplesse. Cette constatation, en grande partie exacte, ne révèle-telle pas une lacune de nos institutions; alors que l'adolescence est normalement consacrée à l'apprentissage des fonctions que l'individu devra plus tard remplir dans la société, convient-il que les jeunes gens des classes déshéritées ne puissent disposer, comme ceux des classes possédantes, du temps et des moyens indispensables pour se préparer aux fonctions de défense du corps social, dont le soin leur incombe pour la plus grande part? n'est-il pas désirable aussi que les effets heureux que produisent sur le moral les exercices physiques puissent se poursuivre même après que l'homme a quitté le service actif? En résumé, si les changements survenus à la fois dans l'armement et dans les formations de combat permettent de réduire le temps employé à l'acquisition des connaissances militaires les plus essentielles, elles exigent par contre de l'homme de troupe une énergie individuelle, une force morale et une ardeur patriotique que le militarisme est impuissant à créer et à entretenir. Seule l'instruction cantonal~ permettrait de cultiver ces qualités, de faire du civisme et non de l'automatisme le ressort de notre armée; nous allons voir qu'elle se prêterait aussi admirablement à l'adaptation d'une tactique éminemment favorable au succès d'une lutte défensive. Le programme socialiste comporte la substitution progressive à l'armée permanente, des milices nationales et sédentaires du peuple entier militairement instruit et organisé pour sa défense. Le moyen qui se présente le pl us naturellement à l'esprit pour réaliser cette transformation progressive de l'armée permanente en milices sédentaires, consiste à faire acquérir, dès à présent, aux jeunes gens une partie de l'instrction militaire dans leurs foyers mêmes. Le premier résultat à espérer de l'adoption d'une semblable mesure serait la création d'une puissante association d'idées errtre le métier militaire et la défense du

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