La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

L'INSTRUCTION CANTONALE ET LA DÉFENSE DU TERR.ITOIRE 26 l et"un peloton en soutien, perdra sous le feu d'une batterie de six pièces qui a pu régler son tir : Si elle est debout et arrêtée, 36 hommes par Sél!ves (6 coups). Si elle est à genoux, 24 hommes par salve. Si elle est couchée, 8 hommes par salve. En une minute la vulnérabilité serait double, puisqu'une batterie fournit 2 salves par minute » (.\ Education du soldat, 154). La force morale des troupes va-t-elle en s'accroissant? Il semble au contraire qu'elle diminue progressivement dans les armées. » Ce serait une erreur de croire que les nouveaux projectiles rendront les batailles plus meurtrières qu'autrefois. A mesure que les engins se perfectionnent, les luttes deviennent de moins en moins sanglantes. A Ca:1nes, presque toute l'armée romaine, 80.000 hommes, est restée sur le champ de bataille; à Eylau, à la Moskowa, chacune des armées en présence a perdu 50.000 hommes. et St-Privat, la plus grande bataille de 1870, a coûté moins de 20.000 hommes à chaque parti tant tués que blessés. Une armée a une certaine dose de moral qui lui permet de supporter une perte de tant d'hommes. Cette perte atteinte, les combattants n'en veulent plus et s'en vont. Le moral est en raison inverse de la puissance des armes>>. (ld-47). C'est donc le moral des combattants qu'il faut exalter au suprême degré; or, dans les armées modernes, l'éducation militaire est basée sur deux principes : la crainte, moyen d'obtenir la discipline; l'exercice physique, moyen de développer la vigueur du caractère. Le premier mériterait d'être rigoureusement banni, le second devrait au contraire être généralisé et non plus restreint à la courte période passée sous les drapeaux. La discipline que l'on obtient par la crainte sera de plus en plus insuffisante pour assurer la prépondérance sur les champs de bataille. « L'homme dans le combat, est UA être chez lequel l'instinct de la conservation domine à certains moments tous les sentiments. La discipline qui a pour but de dominer cet instinct par une terreur plus grande, ne peut y parvenir d'une manière absolue, elle n'y arrive que jusqu'à un certain point qui ne peut-être dépassé ». (Colonel Ardont du Picq. ). L'effet que la crainte est impuissante à réaliser, l'esprit de solidarité est seul susceptible de le produire : n'est-ce pas la classe sur laquelle l'individualisme égoïste a le moins de prise, qui dans les combats fait preuve du courage le plus inébranlable, qui dans les sièges fournit les plus solides éléments de la résistance et supporte sans défaillance les plus pénibles épreuves. C'est donc la solidarité qui unit les éléments de l'armée·, qui en fait la principale force et puisque l'armée est nationale par son recrutement, tout emploi qui tend à créer un antagonisme entre sa partie permanente et le reste de la nation est une cause de faiblesse redoutable en cas de péril. A supposer même que les méthodes d'instruction soient

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