La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE évidemment être tirée de causes purement physiqnes; si dans les tirs collectifs la dispersion des coups est pfus considérable que dans les tirs individuels, cela ne peut tenir qu'à des causes psychologiques, à un état d'énervement et de trouble spécial aux collectivités. Constatons seulement que l'éducation militaire telle qu'elle est conçue actuellement, ne semble pas développer chez les hommes l'énergie morale nécessaire pour y résister d'une manière absolument satisfaisante. Les perfectionnements apportés à la puissance des armes et l'accroissement de la rapidité de tir ont conduit à accentuer de plus en plus la dispersion des hommes sur les champs de bataille ; successivement la profondeur des lignes a dû se réduire; de huit ou dix hommes dans l'énomotie spartiate ou la cohorte romaine elle est passée à six sous Gustave-Adolphe, à trois sous Frédéric li; actuellement la chaine n'est plus formée que d'un seul rang de tirailleurs. La distance entre les divers échelons s'est de même élargie d'époque en époque. Les évolutions à accomplir sur le terrain se sont, en conséquence, simplifiées de jour en jour ; la cadence du pas, la pré~ision dans l'exécution du maniement d'armes, capitales dans les formations serrées, sont devenues inutiles, impraticables même. Par contre, tandis que jadis le soldat recevait efficacement l'impulsion des chefs sous les yeux et au côté desquels il combattait, il échappe toujours davantage à cette impulsion et ne doit plus puiser qu'en lui-même la force d'âme nécessaire pour poursuivre la marche en avant sous un feu meurtrier. Tandis que le coude à coude assurait en quelque sorte la cohésion physique dans les formations denses, la chaine des tirailleurs est flottante au gré des caprices du terrain; les uns rencontreront des obstacles, les autres des couverts derrière lesquels ils seront tentés de conserver un abri ; pour surmonter ceux-là, pour abandonner ceux-ci. il faudra aux hommes un puissant sentiment de solidarité. Cette force d'âme, cet esprit de solidarité, les méthodes actuelles d'instruction sont-elles bien, aptes à les stimuler? On peut en douter sincèrement quand on considère quelles variations successives ont consacrées nos règlements au sujet de l'espacement des combattants sur la chaine, quand on voit les tentatives faites, encore pendant les manœuvres de 1893, pour revenir à des formations plus compactes, condamnées pourtant par la logique. Cependant, aujourd'hui plus que jamais, l'énergie individuelle, l'esprit de solidarité sont les conditions premières du succès. L'armée vaincue n'est pas toujours celle qui a subi les plus grosses pertes, mais ceJle qui la première perd confiance et cède le terrain. C'est par le moral qu'une troupe l'emporte sur une autre; et quelle puissance de volonté ne lui faut-il pas pour ne pas se dérober par la fuite aux effets foudroyants du tir. « On estime qu'une compagnie de 200 hon:mes ayant un peloton en chaîne ( 1 oo hommes sur un front de I oo mètres)

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