L'INSTRUCTION CANTONALE ET LA DÉFENSE DU TERRITOIRE 259 s'est accomplie la séparation entre le travail manuel et la puissance intellectuelle, le soldat se réduit de plus en plus à un simple moyen de transport et de direction des outils de distinction, et c'est à ce double titre qu'il faut entretenir et accroître sa force musculaire et son habileté. Même il se rencontre déjà des circonstances où cette dernière qualité n'a plus toute l'iIT!portance qu'elle avait jadis. « On croyait naguère encore que les tirs collectifs étaient en quelque sorte la continuation, le prolongement des tirs individuels, avec cette seule nuance que les tireurs opéraient en groupe au lieu d'agir isolément. L'adresse individuelle devait donc s'y retrouver et faire sentir sa bienfaisante influence. Un officier supérieur qui a vécu longtemps à l'Ecole normale de tir nous enlève cette dernière illusion. Le tir collectif, dit-il, est un procédé nouveau, entièrement différent du premier par ses principes, son mode d'emploi, ses résultats. La dispersion atteint 400 à 500 mètres à toutes les distances ; lors même qu'on prendrait deux troupes placées aux extrémités de l'échelle qui .sert de mesure pour l'instruction individuelle du tir, c'est-à-dire l'une obtenant 60 o/o et l'autre 40 o/o seulement, les résultats n'en seraient pas modifiés. On est plus ou moms fixé sur les causes de ce phénomène, mais il est certain et constant. La justesse de l'armement, l'habileté individuelle des tireurs ne peuvent rien sur la dispersion; elle est irréductible. Dans une expérience, on a pris d'une part un groupe -de 15 tireurs de Ire classe, et d'autre part une section de 50 hommes dont 15 de 1re classe, 30 de 2° et 5 de 38 ; on les a fait tirer en feux de salve, successivement, sur un même objectif, à la même distance inconnue entre 1,oooet 1,100 mètres. Pour un même espace de temps, la section de 50 hommes a mis plus de balles dans le but, en pour cent, que le groupe de 15 tireurs de 1re classe. Cette expérience, confirmant des observations plusieurs fois faites, montre bien que le tir collectif a ses lois propres, et que l'habileté individuelle des tireurs, dans les limites où elle se rencontre parmi la troupe, n'y a qu'une importance secondaire. Nous sommes ainsi amenés à cette conclusion : il faut moins cultiver l'adresse individuelle que l'instruction des chefs qui commandent les feux collectifs. » (Commandant Vonderschen - Conférence faite à Reims en 1892 - D'après ~** Education du soldat, 169-170.) Aux courtes distances, la tension des trajectoires, réalisée par les fusils actuels, vient de même diminuer l'influence de l'adresse propre au tireur. Que conclure de ces faits, sinon que l'usage des armes modernes n)exige plus de la troupe un aussi long apprentissage dans la portion permanente de l'armée et requiert au contraire une extension des périodes consacrées à l'instruction des cadres de réserve? Quant à l'explication du phénomène signalé plus haut, elle ne peut
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