La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE La loi de l'an VI défermina le recrutement de l'armée nationale· et régularisa les appels ; mais à cette création du moment, il manquait encore des règles d'instruction et une organisation du temps de paix. Ce furent nos ennemis qui eurent le mérite de les découvrir et de les mettre en pratique. Contraint par les stipulations de la paix de Tilsitt, à n'entretenir qu'une armée de 40,000 hommes, c'est en adoptant le service obligatoire, en n'envisageant plus l'armée permanente que comme une école où successivement tous les hommes valides viennent receYoir pendant un temps restreint (six mois, à l'origine) les éléments de l'instruction militaire, que le gouvernement prussien put éluder les dures conditions que lui imposait le vainqueur d'Iéna. Tandis qu'après la tourmente révolutionnaire, les dirigeants bourgeois de la plupart des nations revenaient rapidement aux errements du passé, la Prusse conservait et améliorait les institutions qui lui avaient permis de mettre 200,000 hommes sur pied dès 1813, et il ne faut pas s'étonner qu'elles l'aient peu à peu conduite à acquérir la suprématie en Europe, car elles répondaient admirablement à son état social. Les progrès notables des idées socialistes en Prusse sont postérieurs. à 1870; jusqu'à cette époque, la noblesse rurale, la haute bourgeoisie industrielle exerçaient une influen.::e morale considérable sur le reste de la nation et étaient entourées d'un respect incontestable. Si quelque opposiüon se manifestait déjà dans les chambres, la docilité avec laquelle elle ne tardait pas à se soumettre montre assez le peu d'écho qu'elle éveillait dans la masse du pays, surtout quand les intérêts militaires étaient en jeu, car les partis libéraux eux-mêmes estimaient que l'unité nationale, un certain degré de centralisation sont favorables au triomphe du progrès. Les officiers recrutés dans les classes privilégiées héritaient du prestige et de l'autorité que celles-ci exerçaient alors sur les esprits et une certaine communauté d'aspirations était encore le gage de la puissance militaire. Aujourd'hui ces bases du militarisme commencent à s'écrouler en Allemagne et depuis longtemps en France elles ont perdu toute leur solidité ; l'organisation de la défense nationale doit donc être modifiée en conséquence. Nous voulons démontrer ici, qu'en dehors n,ème de cette variation des conditions sociales, les chan<Ycments survenus dans l'armement, l'évolution des méthodes de 0 guerre, rendent urgente une transformation prof:;nde de nos institutions militaires. Un des caractères les plus saillants du progrès industriel est la substitution de la précision des mécanismes à l'habileté professionnelle; un changement analogue s'est produit dans l'art militaire. Le maniement de la fronde ou de l'arc exigeait à coup sùr un plus long apprentissage, une coordination des mouvements et une mesure des efforts beaucoup plus compliquées que l'usage des armes modernes; là aussi,

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