L'INSTRUCTION CANTONALE ET LA DÉFENSE DU TERRITOIRE 257 .L'INSTRUCTICOANNTONALE ET la Défense locale du terri taire Quand, après son avènement en 1789, la bourgeoisie dut organiser une société nouvelle, la plupart de ses créations furent viciées par une conception trop étroite de la liberté qu'elle ne fit guère consister que .dans la rupture de la dépendance politique qui assujettissait la majeure partie de la nation à quelques privilégiés de naissance ; elle méconnut le lien qui subordonne la liberté à la solidarité. Par suite, au lieu de considérer l'obligation du service militaire comme l'accomplissement du devoir de protection mutuelle qui incombe aux citoyens d'un même état, sous prétexte que la conscription est incompatible avec la liberté individuelle, elleJ décida que l'armée ne serait compo~ée que de volontaires. Loin d'être une armée nationale, la troupe qu'elle créait ne différait des mercenaires de l'ancien régime que par la nationalité de ses éléments composants _et, inconsciemment peut-être elle n'organisait qu'une garde prétorienne au service des privilégiés de la fortune. Les conjonctures, plus puissantes que les volontés individuelles, firent avorter ce projet avant même que la réalisation en fût entamée, et bientôt pour sauvegarder ses conquêtes mises en péril par l'alliance des rois, la bourgeoisie dut faire appel à la nation tout entière et décréter la levée en masse. Pour montrer combien l'état social est susceptible d'influer d'une manière durable sur les règles de la tactique, il n'est pas sans intérêt de constater à ce propos que les troupes révolutionnaires inaugurèrent un mode de combat qui n'a fait que se développer ju~qu'à nos jours. L'imminence du danger ne laissant pas le temps de dresser les nombreuses recrues aux évolutions compliquées effectuées à cette époque sur les champs de bataille, on adopta le déploiement en lignes de tirailleurs qui, malgré la dispersion qu'il suppose, se trouva alors sans inconvénient, tant était ardent le patriotisme qui animait les soldats de la République, tant était étroite la solittarité qui les unissait.·
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