La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE sités de la production l'exigeaient. Mais aujourd'hui que les prolaaires commencent à sïnstruire, grùce aux propagandistes non quiaistes qui étudient Jes livres comrne celui-ci; - aujourd'hui qu'ils s'initient aux rust!s des propriétaires pour garder et faire tourner à leur profit le pouvoir politique - .croyez-vous qu'ils attendront encore longtemps pour couper net les ficelles capi ta Iistes ? On leur a dévoilé les mystères de l'économie et du droit mis au service des intt!rèts égoïstes. Est-il possible, quand ils seront le nombre et auront conscience de l<!ur force, qu'ils attendent, les bras croisés, dans une sorte d'Olympe scientifique, que le développement économique résolve de lui-même Je probl<!me de leur émancipation? Bref, le livre de M. Lori:i est l1autement rccomrnanclable; et nous nous proposons bien de le relire 11 loisir plus attentivernent, dans l'intention de n'y Jel<!nir que les preuves laissées d:ins toutes les morales et dans toutes les lt!gislations de l'individualisme des classes possédantes. Q11ant au reste, nous continuons 11 penser que les avortements successifs des révolks prolétariennes, tant en France que chez les autres peuples. sont moins dtîs à leur précocité prématurée qu'à l'insuffisance intellectuelle, au manque d'instruction intégrale des suiveurs de leurs promoteurs. Jusqu'à ce jour, chaque grand mouvement populaire a été dévié de son sens initial par l'une des fractions de la classe possédante. Nous n'y contredisons pas. Mais il n'en est pas moins résulté une part d'amélioration pour le peuple. Le sort de l'ouvrier d'aujourd'hui est indubitablement supérieur au sort de ses ancêtres des diverses étapes de l'humanité. Et, si dans le cours de ce siècle il a encorf' été trop souvent dupé, de précieux livres lui serviront précisément à ne plus l'~tre. Encore une fois nous apprécions surtout l'œuvre de M. Loria comme une histoire très fine et très s~1ggestive des ruses employées par la propriété J)Our se garantir, malgré vents et marées, le pouvoir politique et le pouvoir économique. Le pouvoir politique est une résultante du pouvoir économique, dit M. Loria. C'est le pouvoir économique qui a donné, permis et facilité le pouvoir politique. D'accord, jusqu'à un certain point seulement, car la propriété n'a recherché et ne s'est maintenu le pouvoir politique que comme moyen de {iomination et de préservation. Le pouvoir politique est l'assurance du pouvoir économique. Donc, si le prolétariat peut s'assurer le pouvoir politique, il aura par surcroit le pouvoir économique. M. Loria prétend, :tu contraire, que le prolétariat ne parviendra pas au moyen de cette voie, et que pour avoir le pouvoir politique, il lui faut d'abord -conquérir le pouvoir économique, ou plutôt attendre qu'il lui vienne par le jeu naturel du processus social. Et il ajoute, d'ailleurs ici peu clairement, que ce processus conduit d'aborJ à une association mixte entre le capital et le travail. Voilà une conclusion à laquelle il nous est impossible de souscrire. Et nous comprenons d'autant moins chez M. Loria cette absence de confiance dans la possibilité de la conqul!te des pouvoirs politiques pour le prolétariat, .que d'aprcs lui la propriété capitaliste est« l'impossible érigé en système. » ADRIENVLBER. l'admi,iistrateur-Gémnt : RODOLPHE SIMON. Imprimerie PoL MAYEUX, Route Stratégique, Suresnes.

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