REVUE DES LIVRES Brissot et Prudhon avaient dit: « La Propriété c'est le Vol ». Marx a écrit: « Le capital c'est du travail cristallisé non payé. Le capital est le résultat de la spolia lion ». M. Loria répete encore la même chose : <( La proprité capitaliste est le résultat d'une usurpation » et cependant M. Loria n'est pas plus marxiste que . Marx n'était proudhonnien. Plus sociologue et même politique (dans le sens. qu'Aristote donnait à ce mot) qu'économiste, M. Loria se garde bien par exemple de refaire une analyse de la valeur, ou de démontrer mathématiquement que la société .capitaliste est bâtie sur l'escroquerie. Cela est une affaire entendue. Aussi s'est-il surtout attaché à découvrir dans tous les coins de l'histoire et des institutions morales, juridiques, financières et politiques les. traces de la perversion de toutes les passions, de tous les sentiments, de tous les principes métamorphosés en instruments du monstrueux engrenage capitaliste. Comment M. Loria concilie-t-il cette affirmation de lïmmoralité de la Société capitaliste avec sa théorie sur l'inéluctabilité de la dépendance de tous les faits sociaux à l'égard des rapports économiques? Qyel est le criterium qui lui permet de conclure à la nécessité d'un changement matériel et moral? Nous ne l'avons vu nulle part. Et en fait il ne s'en embarrasse guere. li ne nie pas précisément la puissance des Idées-Forces, qui d'ailleurs, selon lui, provien- • nent uniquement des rapports économiques. Mais il affirme qu'i1 elles seules. elles sont impuissantes à rien régénérer, en l'absence 'des adjuvants ou plutot des déterminants économiques. Le processus des idées suit le processus économique. Bref, son livre tres original est une très consciencieuse et tres fouillée histoire de l'humanité, envisagée sous le seul point de vue de l'intérêt que les acteurs ont eu· à agir dans tel sens plutôt que tel autre, économiquement déterminés qu'ils étaient par l'instinct de leur conservation, de leur prédomination ou de leur revanche. Très intéressantes et, pleines d'aperçus inattendus et piquants ses pittoresques descriptions historiques des bases économiques de la morale et du droit, et des relations de la propriété et du revenu avec le pouvoir. Par moments, son fatalisme historique devient désespérant; et il semble presque conclure au quiétisme politique. L'on tourne un feuillet et l'on se trouve agréablement surpris par une échappée poétique, par une belle page de h:iute envolée philosophique et morale contre le machiavélisme des différentes classes propriétaires qui, à travers les siècles, se sont légué le monopole des jouissances et de l'exploitation d'autrui. ' Puis l'on retombe sur un passage Oll est démontrée l'impossibilité que les choses aient été ou soient autrement, à cause de tel ou tel lien économique, ou encore de telle ou telle dépendance sociale. Soit, les choses n'ont pas pu être autrement; et, uniquement parce que le cadre de cette note bibliographique ne comporte pas de critiques de détail, nous concédons à M. Loria ses appréciations parfois hasardées sur les grands ~vénements de l'humanité, sur la Réforme et la Révolution française. - Soit, jusqu'à ce jour les prolétaires ont supporté l'esclavage, le servage, et le salariat, ·parce que toutes les institutions les enserraient dans d'inextricables mailles de fer. - Soit, la substitution du servage à l'esclavage et du salariat au servage a été faite en dehors du concours des intéressés et, parce que seules, les néces- •
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