LA REVUE SOCIALISTE » tandis qu'institutrice ....... Le sot préjugé qu•il ferait bon démolir» dit une vieille institutrice à une jeuue novice. Sot préjugé, en effet, de certaines classes bourgeoises qui va cependant en s'a111oindrissant, tout comme son préjugé opposé correspondant chez les cbsses ouvrières, pour lesquelles le précepteur, voire même l'instituteur et l'institutrice n'ont longtemps eté que des bourgeois enviés. Les « Pères » de la Révolution française, les hommes de l'encyclopédie avaient réhabilité le travail manuel. Mais la presqu'unique bénéficiaire de cette révolution, la bourgeoisie a à peu près hérité de la plupart des défauts de la noblesse qu·elle remplaça comme classe prépondérante. Même mépris du travail manuel et de ses esclaves. Ql1·u11e famille de cette bourgeoisie soit tombée de l'opulence ou de l'aisance clans la misère. la seule carrière qui parût avouable aux p:uents pour les enfants fut toujours la carrière de l'enseignement. La déché,rnce semblait moins grave, plus acceptable. Ce n'est pas qu'avant leur déconfiture ces bourgeois n'aient pas dédaigné professeurs et instituteurs, toujours considérés comme d'essence bourgeoise, mais d'essence inférieure. Mais ainsi ils ne croyaient pas franchir le Rubicon qui sépare la bourgeoisie du prolétariat. D'autre part petits paysans ou ouvriers avisés pensaient faire franchir le Rubicon à leurs enfants, quand ils avaient réussi à en faire des professeurs, des précepteurs ou de modestes instituteurs. Aujourd'hui les yeux commencent à se dessiller. Bourgeois appauvris par le capitalisme, pays:ins et ouvriers s'initient à comprendre que mème les professeurs sont loin de jouir d'une considération égale à celle de tel ou tel Jérôme Paturot, gros fabricant de bonnets, - qu'en tous cas la carrière professorale est fort encombrée, que beaucoup n'y sont pas appelés et deviendront maîtres d·étucles, instituteurs ou précepteurs, c'est-à-dire plus asservis que clans n'importe quel métier manuel. Enfin, à part quelques rares mieux doués ou plus chanceux qui arrivent it réussir clans le barreau ou le journalisme, la plupart des fils d'industriels ou de commerçants succèdent à leur père. Mais quel est le fils d'instituteur qui clevil:!nne instituteur? Pourquoi ce naissant clégoùt contre les diverses carrières scolaires? Hé! tout simplement parce que l'éducation des prolétaires se fait jour; - parce que les petits bourgeois commencent à se douter qu'ils font partie du peuple; - parce qu'à la mémoire des premiers comme des seconds revient certaine fable de La Fontaine, et que leurs enfants prêfèrent l'encolure libre du loup à la iaisse du chien. Le livre de Madame Georges Renard, d'une si grande légèreté de touche, d'une facture si française, ne peut que contribuer à encourager cet ètat d'esprit. Malheureusement j'ai trop bavardé, il me reste trop peu de place pour une analyse sérieuse. Car les réflexions que vient de m'inspirer cette œuv1e si lucide de style et de pensée, ne donnent pas un aperçu de sa forme élégante et délicate, et des fines remarques psychologiques qui en rendent la lecture si savoureuse ou si émue. Institutrice, c'est l'histoire d'une adorable jeune Suissesse, qui n'a jamais eu ni enfance ni jeunesse. Enfant, elle a dû remplacer sa mère impotente, et être la maman de ses frères et sœurs. Dans ces fonctions elle fait songer à la Charlotte de Werther, mais à une Charlotte plus jeune, beaucoup plus petite et
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