La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

' LA REVUE DES LIVRES la poussière des petites principautés scandinaves et en faire un tout uni, un peuple puissant. Bref, les deux pièces traduites par M. Trigant-Geneste donnent une idée très exacte des deux tendances assez contradictoires de l'esprit d'lbsen : l'une inclinant à idéaliser le Devoir, et à le proposer comme le souverain bien, - l'autre exaltant au contraire l'individualisme de la personne. Ces deux antithèses se retrouvent non seulement dans des pièces différentes, mais encore <lans la même pièce. Dans Les Prétendants à la Couronne, à Hakon, à sa mère et à sa femme sont opposés l'égoïste Skule et l'immonde évêque Nicolas. Dans Les Guerriers à Helgeland les traits dont sont dépeints Sigurd et Dagny ne sont-ils pas plus sympathiquement soignés que ceux qui campent Gunnard et la superbe Hjardis? Dans la dernière pièce d'lbsen représentée aux Bouffes-du-Nord L'Ennemi du Peuple, n'est-ce point encore le travail dans le seul intérêt de la justice i111ma1iente qui est prêché avec des accents cornéliens par Pétra, avec des accents raciniens par Catherine? - Je sais bien que, malgré le dévouemen ! et l'abnégation de sa femme et de sa fille, Stockmann s'écrie : « La dernière vérité que je viens de découvrir, c'est qu'il n'y a de fort que l'homme seul». Dans Les Prétendants à la Couronne, 1-t:lkon pronon::e des paroles semblables. Mais il ne faut pas les entendre à la lettre. Stockmann et Hakon n'ont-ils pas simplement voulu dire que seul était véritablement fort quiconque avait confiance en lui seul, - tout en ne refusant pas les concours à la condition de les surveiller. - Cette interprétation nous paraît d'autant plus acceptable que les échecs de son rival Skule sont dûs uniquement, d'abord à l'absence d'idéal personnel, et ensuite à son besoin constant de conseils, d'appuis étrangers, à ses hésitations d'esprit, c'est-à-dire à ~on manque de confiance en luimême. Nous donnons cette opinion pour ce qu'elle vaut, mais il nous semble que le théâtre d'lbsen est souvent une haute école du devoir, entendu comme dévouement à l'idée, à sa propagande et à son triomphe, par_ l'isolemeut de l'apôtre non pas hors de l'humanité, - mais hors de ses faiblesses. Voilà du moins la conception de l'œuvre d'lbsen, longtemps latente à présent très consciente, telle qu'elle m'a été suggérée par la lecture des deux pièces traduites par M. Jacques Trigant-Geneste et de ses deux préfaces si élégamment documentées. • • • Institutrice par Madame GEORGES RENARD. - Librairie F. Rouge, éditeur, 4, rue Holdimand, à Lausanne (Suisse) « La voilà bien, cette histoire toujours la même, et qui n'en vaut pas » mieux pour cela! Rien n·y fait; les mères continueront à envoyer ·leurs filles » seules à travers le monde, tandis qu'elles rougiraient et pousseraient les » hauts cris, si on leur proposait de garder ces mêmes filles près d'elles en leur » enseignant un bon métier, couturière, modiste, fi donc! Ce ser,\it déchoir, I

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