La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

20 LA REVUE SOCIALISTE toire, les sciences sociales, l'expérience et l'observation nous montrent que la vitalité d'une société, d'une nation, est proportionnelle à son unité. au degré de correspondance et de solidarité de ses membres et de ses facteurs. Ce n'est, du reste, que la traduction du vieil adage : « L'union fait la force '>. Socialisation et solidarisation, voilà donc les deux termes corrélatifs de toute société; autrement dit, socialisme et soiidarisme sont les deux expressions qui impliquent la loi fondamentale de toute société. Quand on réfléchit à l'intensité croissante de la vie sociale moderne, quand on envisage la multiplication incessante des relations sociales, non seulement d'individus à individus, mais de villes à villes, de provinces à capitales, de nations à nations, de continent à continent, il nous semble bien difficile de méconnaître que toute cette augmentation des frottements sociaux, ce contrebalancement continue des besoins, des intérêts, des passions et des forces, n'entraine pas nécessairement une tendance commune à une équilibration et à une solidarisation progressives des actions et réactions, des sentiments et des idées. d'où naitront des adaptations, des organisations, c'est-à-dire des socialisations de plus en plus nombreuses, de plus en plus collectives, en un mot la réalisation de ce que nous app~lons le socialisme. Ce qui caractérise, en effet, l'évolution sociale, par excellence, ce sont les collisions de toutes sortes entre les besoins, les passions, les intérêts et les volontés. De là les conflits et les luttes, mais, aussi, de là la source d'accords et de contrats, tacites ou explicites, subis ou acceptés, qui découlent des concessions ou pacifications nécessaires, inévitables, par l'effet seul des répercussions de toutes sortes de forca; ou influences en jeu. Nous trouvons là l'explication toute mécanique en même temps que la raison inéluctable, des droits et des devoirs. des appropriations de toutes sortes, des guerres et des conquêtes, des réactions et des révolutions. Nous sommes ainsi amenés à voir la caractéristique sociale dans la résultante des actions, influences. forces ou facteurs en présence, c'est-à-dire dans leur solidarisation et non dans leur addition, Par conséquent, la loi de solidarité représente, en même temps, et le vrai mécanisme du déterminisme social et la conception la plus adéquate que nous puissions nous faire de la genèse, de !"évolution et de l'organisation sociales, amsi que de la Justice, du Droit. de la l\1orale, du Pouvoir, de l'Etat et de leur systématisation sous le nom de socialisme, absolument comme nous avons vu la même loi de solidarisation nous expliquer la genèse de la vie, les fonctions de la vitalité et les facultés de notre activité psychique (1). N'est-il pas évident, en effet, que l'activité d'une société est la ré- (1) Voir La Tïe el la Pensée, Alcan 1893.

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