La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

• • LA REVUESOCIALISTE REVUEDESLIVRES Les Prétendants à la Couronne. - Les Guerriers à Helgeland par Henrick Ibsen. - Traduction de JACQUESTR1GANT-GE~ESTE.- Savine, éditeur, 12, rue des Pyramides. - Prix: 3 fr. 50. Ibsen! Ibsen! Voici encore de !'Ibsen! La mode est décidément de plus en plus aux œuvres qui ont une estampillle exotique. Le Thédtre Libte, le théâtre social de L'Œuvre ont représenté les meilleures œuvres du Shakespeare norwégien. La plupart des autres ont trouvé leur traducteur français et obtenu un succès de librairie. En effet voici la deuxième édition de l'élégante et fine traduction par notre collaborateur Jacques Trigant-Geneste de deux œuvres de début: Les Prétendants à la Couronne et Les Guerriers à Helgeland. Ce dernier drame,venu après la pièce vraiment romantique de Catilina et l'espèce de livret d'opéra qui a nom La, Fêle de Solhang, inaugure la série qui renfermera tant de chefs-d'œuvre. Le sujet est emprunté à l'histoire « eddique » de l'antique Scandinavie, non encore christianisée. L'on y sent déjà poindre les théories d'Ibsen, sur l'amour libre, le mépris des conventions sociales, et peut-être le culte du <<moi». Mais les victimes sont plus résignées que révoltées. Cependant, malgré le style, ce n'est guère qu'un essai éloquent et patriotique, un pieux hommage rendu aux légendes héroïques de la patrie scandinave. qui pour Ibsen se compose de l'Islande, de la Suède, de la Norwège et du Danemarck, qu'il ne cesse d'unir dans ses rêves d'avenir. Lorsque la Prusse déclara la guerre au Danemarck pour 1ui voler les provinces du Schleswig et du Holstein, la voix d'lbsen s'éleva pour engager ses concitoyens à porter secours à leurs frères danois. Irrité de l'inutilité de ses appels, Ibsen quitta la Norwège, mais en même temps il voulut éveiller chez ses compatriotes, dégénérés et transformés en commerçants égoïstes, la conscience de la défaillance nationale, et cela par le spectacle d'un passé héroïque, par le souvenir des bienfaits qui résultèrent jusqu'en 1814 de l'unification et de la pacification de la patrie scandinave au treizième siècle par le toi Hakon. Aussi, il n'y a pas à s'y tromper: sous une forme irréprochabie et où abondent les aperçus psychologiques les plus précis, d'un bout à l'autre Dis prétendants d la Couronne sont une pièce patriotique. Déférence filiale, condescendancè familiale, liaison du cœur, tout est sacrifié par Hakon à la noble tâche qu'il a entreprise de passer à travers les mailles des intrigues cléricales et des embûches de la noblesse féodale, pour coaguler

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