La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS C'est ce qu'a fait Jaures dans la séance dont nous venons d'indiquer la date. li a, en passant, caractérisé très heureusement l'influence des conversions sur la situation des classes moyennes . . . . « D'un autre coté, lorsque, soit par l'abaissement naturel du taux de l'argent, soit parce que vous avez attiré dans vos caisses d'épargne une grande partie de l'épargne publique et que vous l'avez employée en achat de rentes sur l"État, une conversion devient possible et que vous la faites, vous ache,·ez de précipiter dans notre pays la ruine ou tout au moins la décadence de ce que l'on peut appeler la classe moyenne. En effet, à mesure que ces conversions se produisent, le rentier, pour vivre de sa rente, est obligé d'acquérir un capital de plus en plus élevé; en sorte que le moyen industriel, le moyen commerçant ne peut plus, comme c'était la tradition dans notre moyenne bourgeoisie française, se retirer d'assez bonne heure des affaires en laissant la place à d'autres. Vous exaspérez ainsi la concurrence dans l'ordreindustriel et commercial; vous resserrez les régions moyennes de l'indépendance et du bien-ètre. Nous ne nous en plaignons pas, car lorsque, par ces conYersions, vous accélérez la disparition de cette classe moyenne, qui retarde et amortit l'antagonisme entre le prolétariat et le haut capital, Yous accélérez par là mème, dans notre pays, l'avènement de l'ordre socialiste. (.-ipplaudissemenls à l'e,rlrêmegauche.) Nous, nous pouvons assister au développement de ces faits avec une invincible confiance, parce que nous savons que, même des crises nécessairement aggravées par vous, sortira un ordre nouveau et supérieur. » Conformément aux promesses faites depuis longtemps, Jaurès demandait que les 67 millions qui vont rester disponibles fussent appliqués au dégrèvement du principal de l'impot foncier pesant sur les propriétés non bâties. Il était en outre spécifié que ces dégrèvements ne pourraient être faits qu'au bénéfice des propriétaires cultivant euxmêmes leur domaine. La première partie de cette proposition fût adoptée par 280 voix contre 240 : la deuxième partie par 403 contre 73. Mais le gouvernement ayant donné l'ordre à sa docile majorité de déclarer mauvais ce qu'elle venait de trouver bon, cette dernière n'a pas hésité à faire volte-face et l'ensemble de la proposition a été repoussé par 306 voix contre 206. Les intérêts de l'agriculture ont été sacrifiés une fois de plus aux parasites de la bureaucratie, que l'on ne tourmentera point dans leur paisible oisiveté par la nécessité de trouver des économies. Néanmoins le coup est porté: Et Jacques Bonhomme sait maintenant de quel coté sont ses amis,

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