216 LA REVUE SOCIALISTE matoires parfois. Par eux, les monuments littéraires des siècles morts s'érigent trop souvent auprès des modestes constructions modernes, qu'ils écrasent. Sainte-Beuve, tentant de classifier les esprits, a été le réel créateur d'un instrument d'analyse, et la critique, sous son pontificat, est devenue l'indiscrète et pénétrante histoire des tempéraments. Que de tàtonnements, de petitesses et de sottises ! Des gens comme Pontmartin paralysent l'évolution analytique. La critique, c'est l'espnt des autres, fredonnent-ils niaisement, tandis qae le bouleYard s'arrache les feuilletons où leurs appréciations de constipés tiennent hebdomadairement six colonnes. Gautier et Barbey d'Aurevilly viennent alors tronitruer. <, La critique, déclare Barbey, n'est que le jugement d'un esprit ferme et sagace sur les œuvres de l'esprit, d'après les connaissances des lois qui le régissent et des principes qui en découlent "· Cette fois, il y a progrès, quoique cette métaphysique ampoulée n'apprenne pas grand chose. Et l'agaçante maitrise de ces normaliens aux proses fleuries ou lourdes, la partialité tranchante de ces personnages auxquels Georges Renard distribue généreus~ment les principautés de la critique? Vaut-il la peine d'en parler, de ces brillants faiseurs. stagiaires d'académie, et qu'un perpétuel souci de correction tient accroupis sur la littérature admise, engoncés dans l'art convenu? La critique, la leur, ils ne l'ont point définie. Elle n'est que la vôix des salons littéraires, la phonographie enrouée de l'Institut. Il a fallu Taine et surtout l'admirable Hennequin, pour que la critique atteignit une conception vraiment moJerne. " La critique est affaire de science et affaire de goût n, a écrit Georges Renard. Je crois, moi, qu'elle est surtout affaire de science. « C'est, disait Hennequin, la morphologie artistique ». Et il créait un mot. en apparence effrayant et pédant, mais à coup sûr utile et juste ; l' estbopsycbologie. Toute la critique, à mon avis, tient dans l' Etbique d'Hégel et la Pbilosopbic:de /'Art, le plus beau livre de Taine, peut-être, après son Histoire de la littérature anglaise, oû la psychologie d'un peuple est lumineusement déduite des œuvres de ses écrivains. Ce seront, ici, llles deux Bibles, magistralement impératrices. La Revue socialiste ne saurait admettre qu'une critique de synthèse sociale et scientifique. Prononcer sur la valeur d'un livre ou d'un drame, cela m'apparaît infiniment puéril. Il faut abandonner ce soin aux reporters de la presse courante, qui jouent auprès du public le rôle inférieur de greffiers. Il n'en va pas de même de l'étude mécanique du drame ou du livre. Déduire certaines tendances esthétiques, remonter à l'origine de l'Œuvre, déterminer les rapports de l'auteur avec celle-ci et d'un groupe d'auteurs avec notre milieu social; rechercher quelles lois organiques ou historiques appellent en nous telles ou telles émotions d'art: en un mot réunir sur l'Œuvre des faits et des
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