14 LA REVUE SOCIALISTE ciétés primiti,·es où les dépendances et relations se réduisent à peu près à une source co111111unde'alimentation. Mais dès que les nécessités de la vie pour la défense, la chasse, la pêche, la fabrication ou les besoins physiologiques (relations sexuelles, soins maternels pour les petits) ont amené une différenciation dans les fonctions et les aptitudes, la dépendance s·accentue entre les cosociétaires, pour aller toujours en augmentant en nombre et en complexité de relations et de rapports jusqu'à nos sociétés civilisées où nous ne pouvons mè111eplus concevoir la possibilité pour un homme de vivre à l'état isolé, insocial, absolument indépendant. Tout se tient, tout s'enchaine dans notre vie collective; nous ne pouvons pas plus concevoir l'indépendance absolue d'un fait, d'un évènement de ce qui le précède, le prépare, le détermine, que nous ne pouvons conce\'oir l'existence d'un de nos se111blables sans filiation a,·ec ses ascendants pas plus que nous ne pouvons comprendre la genèse d'une seule idée sans la supposer provoquée par quelque chose. Mais aussi nous ne pouvons pas supposer cet enchainement universel des évènements, des individus et des idées, sans impliquer en mè111etemps un groupement, une sériation, une coordination de tous ces phénomènes sui,·ant leurs caractères, leurs conditions et leurs connexions, puisque, sans cela, ce serait les supposer indépendants. Par conséquent, aucun phéno111ènesocial ne peut se produire sans impliquer une solidarité avec d'autres phénomènes précédents, concomittants et consécutifs, c'est-à-dire qu'aucun fait social n'est possible sans un degré quelconque de socialisation, absolument comme un fait biologique n'est possible sans un degré quc:lconque d'organisation. C'est là un point sur lequel on ne fixe pas assez l'attention : nous avons tellement l'habitude de raisonner avec des mots que nous finissons par croire que nous a\'Ons tout dit, tout compris, lorsque nous avons dénommé une particularité, classé un phénomène. Nous attachons ainsi une signification absolue, abstraite, à nos classifications et dénominations, sans not.:s douter le plus souvent, de la relativité, ou de l'insuffisance de notre conception. De quelque façon qu'on envisage une société, elle nous apparait toujours comme un phénomène qui a nécessairement ses conditions com111etout autre phénomène, c'est ce que nous appelons le fait social, par analogie et par distinction avec le fait physique et le fait organique. Ce qui caractérise le fait social, c'est un rapport, une relation de dépendance, une coaction entre des individus unifiés dans un ensemble dans un tout que nous appelons société : nous avons vu que le fait physique est caractérisé par l'attraction ou cohésion moléculaire, le fait chimique par l'affinité ou la combinaison, le fait organique par la fonction ou synergie organique; nous ne pouvons concevoir de meilleure caractéristique du fait social que la socialisation, c'est-à-dire le concours, la solidarisation mutuelle, organique, morale ou contractuelle des
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