La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

ÉCONOMISME, SOCIALISME ET SOLIDARISME 1 3 et mème contre ses semblables. Une société rudimentaire, mal outillée ou mal armée ne possède évidemment pas les mêmes éléments de lutte contre la famine ou la guerre qu'une société plus civilisée mieux organisée; nos ·grandes sociétés modernes avec la multiplication de tt,us les modes de transports et de circulation, assurés par des organes appropriés (routes et canaux. chemins de fer et bateaux à vapeur, etc.), possèdent assurément une p!L,s gran.k: séet:rité en ce qui concerne les approvisionnements et la dt:fense; aussi la famine devient-elle de plus en plus difficile. Par conséquent, ce qui domine l'évolution d'une société, c·est son mode et son degré d'organisation, c'est la structure et la correspondance de ses organes, c'est-à-dire sa solidarisation. Ili. - CORRÉLATION Dë LA LOI DE SOCIALISATION ET DE SOLIDARISA TION. Ce qui découle de l'étude scientifique de l'évolution sociale, soit au point de vue de l'ethnographie (Ch. Letourneau), soit au point de vue organique, c'est-à-dire en assimilant l'organisme social à un organisme biologique(H. Spencer) ou à un superorganisme (de Greef). soit au point de vue de l'histoire des civilisations, des morales, des religions, des constitutions politiques, c'est que la marche s·cst toujours dessinée, d'une façon générale, en tant que résultante totale, Îlnale, vers une corrélation, une dépendance de plus en plus étroites, de plus en plus complexes, c'est-à-dire vers une solidarisation de plus en plus accentuée, de plus en plus généralisée, de tout ce qui constitue le corps social. On ne semble pas assez se douter, en effet, qu'un individu en entrant dans un corps social, devient partie intégrante de cet organisme social, c'est-à-dire se trouve socialisé dans une mesure qui dépend du degré d'intensité, de multiplicité et de complexité des rapp1>rts et des relations réciproques entre les membres c'est-à-dire proportionnellement à l'organisation, à la supériorité àe cette société. Dans son étude remarquable sur les Coloniesanimales et la formation df'Soruw1is111es, Perrier a très justement montré que la juxtaposition, le voisinage forcé des membres d'une mème colonie, entraine une sorte de continuité dans le tissu, une unité à peu près constante dans le tube digestif représenté par la convergence des surfaces partielles qui viennent baigner en commun dans le milieu nutritif (éponges, polypes hydraires, coralliaires, bryozoaires, ascidées); de sorte que les changements ou causes d'excitations qui peuvent se produire dans ce milieu nutritif qui, en réalité, est externe, extraorganique, ont pour effet un mème retentissement sur tous les individus composant la colonie, ce qui constitue bien une commune dépendance, une solidarité d'ensemble, qui nous représente assez exactement ce qui se passe pour les membres des so-

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