La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

------~--------------.-~---------- LA REVUE SOCIALISTE on entend des coups sourds et réguliers : un homme de peine, à l'aide d'un balancier, découpe dans une grande feuille de métal des rondelles destinées à former le fond des boites: auprès de lui, un autre, à l'aide d'un emporte-pièce, taille des plaques rectangulaires égales, qu'un autre encore, toujours à l'aide d'une machine, enroule en forme de cylindres : ils préparent de la besogne pour les soudeurs. Parmi ceux-ci, justement, se trouve le secrétaire de leur chambre syndicale ( 1), le citoyen Lefranc qui, très aimablement, va nous donner de précieuses indications. Tous ses camarades sont é!UX pièces et payés chaque quinzaine. Ils passent pour gagner de grosses journées : on parle de 1 5 francs et de 20 francs, nous verrons ce qu'il en faut penser. En ce qui concerne les salaires, l'atelier de soudure de la rue Simon-Lefranc se distingue de celui où nous sommes : il est soumis à un régime fort ingénieux et malheureusement exceptionnel. Les ouvriers sont associés; l'un d'eux remplit les fonctions de contremaître, Yérifie les comptes et répartit également entre tous le salaire du traYail accompli par tous. Grâce à cette solidarité, chacun peut à son tour et sans qu'il lui en coûte rien, prendre, lorsque cela est possible, quelques heures de repos. C'est là une sorte d'association coopérative, dont Mfll. Grosse et Cahen seraient à la fois les seuls fournisseurs et les uniques clients. La coopération a d'ailleurs déjà tenté les ferblantiers, boîtiers. En 1875, ils fondèrent, sous les auspices de leur chambre syndicale, une fabrique coopérative de boîtes,(2) qui marcha d'abord fort bien pendant dix ans. Puis des difficultés survinrent : petites rivalités des membres et surtout manquè de capitaux, si bien qu'en 1886 l'association som_ bra, fut liquidée à l'amiable. Un évenement d'ailleurs venait de lui porter le dernier coup, évènement qui provoqua immédiatement dans les salaires une réduction de 17 •/. sur l'ancien tarif : l'invention de la machine à sertir fermant hermétiquement les boîtes par un procédé mécanique, à l'aide d'un caoutchouc. Cette méthode est encore fort imparfaite et donne d'assez médiocres résultats, bien qu'elle soit employée notamment par la très importante maison Potin. Mais qu'un sérieux perfectionnement y soit apporté et les soudeurs, dans l'industrie des conser\'es. seront désormais inutiles. Aussi, sentant prochaine la catastrophe, s'élèvent-ils avec \'igueur contre la machine à sertir et contre ses défauts, ils disent même ses dangers. (3) ( 1, Chambre syndicale des ouvriers ferblantiers-soudeurs, siège social : .3, rue du Chiltc.iu-dï.au, a la Bourse du travail (en cc moment îermèe). (2) Sise d'abord rue de la Jussicnne, n' 9, puis transférée rue aux Ours. ( :;) \' o ir a ce sujet une « Conférence sur lïndustric des Boites métalliques de conscrns alimentaires au point de vue de l'hygicnc et de la sante publique, par le docteur Chassaing >>, éditee par l'Union des Chambres syndicales des ferblantierssoudeurs de Franct'. Paris, imprimerie Michel-Bigot et C', 11. rue de Fleurus, 1182.)

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