' 188 LA REVUE SOCIALISTE mentation, le « feu du pois » devient trop vif, négligeant -de se servir de doigtiers de fer-blanc pour aller plus vite ! (à ce travail elles sont payées aux pièces o fr. 25 par litre de pois écossés). Il en est bien certaines, des habiles, qui, à cette époque, atteignent dans leur journée le maximum de 4 ou 5 francs; mais le lendemain elles n'auront peutêtre que très peu de travail et gagneront à peine 2 francs. Enfin, les machines aussi commencent à nuire à ces pauvres femmes : il existe des « écosseuses » encore défectueuses, il est vrai, des « hachoirs « pour les épinards, des « découpeuses » pour la macédoine de légumes, des « cribles » pour le tri des pois en gros, moyens et fins, etc. En somme, la meilleure saison commence au mois de juin et finit avec août; c'est le moment de la conserve des haricots et des petits pois. Mais, en avril et mai pour les asperges, en septembre et octobre pour les navets, les carottes, les épinards, le céleri, la tomate, l'oseille, enfin en novembre pour le cardon, le nombre des ouvrières est beaucoup plus restreint et les jours de chômage plus nombreux. Dans le nombre des hommes de peine, moins de fluctuations : ils sont toujours, chez MM. Grosse et Cahen, environ une quinzaine; plus fixe aussi est leur salaire qui est d'ailleurs à peu près le même que dans toute autre industrie, les uns gagnant 30, les autres 3 5 francs par semaine. Ce sont ces hommes qui, sous la surveillance du contre-maître acheteur, emballent les boîtes, transportent les paniers, ce sont eux aussi qui, sous la direction du « cuiseur », dans l'atelier où nous entrons maintenant, vident et remplissent les bassines, lavent les légumes et placent, à l'aide d'un cric, dans les autoclaves, les boîtes pleines fraîchement soudées. Ici, dans une buée chaude suffocante, les dalles ruissellent, les chaudières bouillonnent, fument, pendant qu'au sous-sol gronde sourdement la machine, l'âme de toute cette activité. Les hommes s'empressent, les bras nus, à peine vêtus, la chemise trempée, collée au corps. Le cuiseur est là, surveillant les opérations du « blanchissage » et du « lavage >> tout en guettant les minutes, car, dans les autoclaves, les boîtes ne doivent rester qu'un temps fixe, strictement limité. Le cuiseur, comme son collègue l'acheteur. a un salaire mensuel de 300 francs. C'est d'ordinaire un cuisinier, parfois même un ancien homme de peine ayant, à la longue, appris les petits secrets de la fabrication des conserves. Le métier, d'ailleurs, s'il est dur, est assez peu dangereux; parfois, il est vrai, un accident, une brûlure, souvent aussi un amaigrissement pendant la bonne saison, de ces hommes sans cesse dans une humide et insupportable chaleur, mais, très rarement un malheur, point de ces terribles maladies qu'on pourrait redouter de l'emploi des sels de
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