182 LA REVUE SOCIALISTE LA M.ACHINE T L'OUVRIER MONOGRAPHIE « Esclaves qui faites tourner la meule, épargnez vos ma111set dormez en paix ... » C'est au troisième siècle; on vient d'introduire le moulin à vent dans le monde occidental et le poète Antiparos chante le nouveau prodige: désormais, des malheureux ne peineront plus sous le fouet pour écraser le grain; les forces du ciel remplaceront celles des hommes. « Esclaves qui faites tourner la meule, épargnez vos mains et dormez en paix! (1) » Les temps passent, l'homme devient libre. Avec le dix-neuvième siècle naissent les grandes inventions et, dès les premières découvertes, c'est dans les masses profondes des travailleurs, au lieu de l'antique cri d'allégresse, un grondement menaçant, un mouvement de révolte; on brise les outils nouveaux; les inventeurs se cachent, s'enfuient. La machine, c'est le travail diminué, supprimé peut-être, c'était jadis la peine de l'esclave adoucie, c'est aujourd'hui la vie plus dure encori. pour l'ouvrier isolé et sans forces au milieu d'une société dontl'égoïsme est la loi toute puissante. Cependant, la science va toujours, le progrès inflexible marche de plus en plus, les palpitations de la vapeur, le frémissement de l'électricité emplissent les usines. Le travailleur maintenant a compris; il ne résiste plus, confiant en ce progrès même qui l'écrase; il voit poindre là-bas l'aube des jours prochains de justice et de paix où la machine, cessant d'être serve de quelques-uns, sera enfin l'auxiliaire bienfaisante de tous, la force puissante qui donnera à chacun plus de repos, plus de bien-être. L'homme espère, mais il souffre et s'épuise; la machine infa- ;1) Cité par B. Malon« Socialisme intégral», t. 1. p. 73.
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