La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA MhVENTE DU VIN 179 Le rachat des chemins de fer par l'Etat, c'est-à-dire la solution proposée par les socialistes, s'impose pour satisfaire complètement le désir des viticulteurs. Les grandes compagnies de chemins de fer ne feront pas l'application d'une idée collectiviste dans le but de venir en aide aux populations viticoles de la France. Les grandes compagnies se préoccupent simplement de faire concurrence aux transports maritimes. Le fret à bas prix a fait établir des sen·ices réguliers de bateaux entre les ports de la Méditerranée, Marseille, Cette, Port-Vendres, Barcelone, Valence, etc., et les ports de la Seine, Le Hàvre et Rouen, qui ne sont que le prolongement des quais de Bercy. Les grandes compagnies à monopole capitaliste, c'est-à-dire individualiste, grâce à l'homologation du tarif commun 106, auront sournoisement rétabli les tarifs de pénétration en faveur des produits de l'étranger. La gare internationale de Cerbère ne tardera pas à reprendre l'activité d'autrefois pour l'importation des vins d'Espagne. Avec le monopole de l'Etat, il n'y aurait plus de combinaisons préjudiciables aux intérèts de l'agriculture nationale. L'organisation socialiste des chemins de fer donnerait immédiatement satisfaction aux vœux si légitimes des producteurs éloignés des grands centres de consommation. La viticulture du midi désirerait obtenir : 1 ° l'abaissement du minimum de tonnage qui, d'après le tarif proposé, serait de 8,000 kilos; 20 la faculté du groupage utilisable seulement pour les gros négociants; 30 l'application d~1tarif à toutes les stations du réseau français; 4° le bénéfice de la réduction du prix de transport des vins, quelle que soit la distance entre la gare d'expédition et la gare de destination. La viticulture du midi n'obtiendra jamais de pareils avantages sans le rachat des chemins de fer. Le bénéfice de la réduction du prix ne sera accordée que pour les destinations de Paris, parce que la concurrence des transports maritimes n'est à craindre que sur ce point. Les antagonismes créés par la férocité des appétits individuels entre producteurs français empécheront sans doute le progrès relatif dont se contenterait aujourd'hui la viticulture méridionale. Sous prétexte de réclamer l'égalité devant l'impot, il s'est formé à la Chambre un groupe viticole de l'Est et du Centre qui défend des intérèts régionaux en s'opposant à ce que des facilités de transports soient accordées aux vins de régions éloignées de Paris. Les viticulteurs à proximité de la capitale ne veulent pas admettre que la diminution d'une taxe sur le transport des vins vienne faire concurrence à leurs produits. Ils ne peuvent pas concevoir que l'on puisse établir l'égalité de traitement pour tous les producteurs français au profit de tous les consommateurs. Le groupe viticole de l'Est et du Centre a protesté« contre le tarif spécial commun aux compagnies du Midi, de Paris-Lyon-Méditerranée et de l'Orl~ans, qui est proposé à l'homologation ministérielle, cette

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