La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA EEVUE SOCIALISTE centre. Soumis à l'analyse, tous les échantillons sont revenus sans exception avec la mention suggestive : cc dangereux ou mauvais! » De l'analyse d'un alcool recueilli dans un café du boulevard et vendu I franc le petit verre, il résulte, d'après les expériences de M. Héret, qu'il est tout juste à la limite des alcools impropres à la consommation et que sa coloration est due au caramel. Et la liberté commerciale restera quand même une institution sacro-sainte à laquelle il serait impie de toucher! L'alcool pris pour les analyses du docteur Héret, dans un restaurant-bouillon de premier ordre était préparé par le coupage d'un troissix avec de l'eau de rivière, coloré avec du caramel et additionné d'une sauce contenant des éthers et des substances végétales. Ce pseudo cognac a été reconnu le moins mauvais de ceux qui furent examinés. L'alcool servi d'ordinaire aux ouvriers, aux cochers dans les débits qu'ils fréquentent est invariablement noté «dangereux»; il provient d'un trois-six impur contenant de l'a-::ide amylique. Enfin dans certains bouges des quartiers excentriques, on trouve ·des breuvages à saveur âcre et caustique, provenant d'un mélange d'alcool dénaturé, de caramel, de matières végétales et de méthylène. Cet horrible breuvage est bien entendu, extrêmement nuisible; mais, d'après l'analyse chimique, il ne l'est pas plus que certains cognacs vendus à 7 5 centimes et à I franc le verre dans de grands établissements, où l'on a soin, avant de le servir, de le mettre dans des bou- ' teilles portant l'étiquette et le bouchon d'une marque connue. Pour favoriser la consommation du produit naturel de la vigne, et dans un but d'hygiène publique, le socialisme se propose d'instituer des monopoles d'Etat ; contrairement à cette idée de progrès, les viticulteurs penseront-ils toujours qu'en matière de commerce et d'industrie, il ne faut pas cesser de faire appel à l'esprit d'initiative personnelle? Si la civilisation individualiste n'était pas une mauvaise plaisanterie, toutes les eaux-de-vie consommées devraient être le produit de la distillation du vin. Les spiritueux artificiels mis en vente n'ont pas la saveur agréable et fine des eaux-de-vie naturelles. Quels sont les corps qui ont servi à donner aux cognacs commer ciaux leur couleur et leur bouquet? s'est demandé M. Héret. « La couleur, dit-il, a été généralement empruntée au caramel et au cachou pour certains échantillons. » La saveur et le bouquet proviennent vraisemblablement d'extraits contenant certains éthers et certaines substances végétales; la probabilité de la présence de ces éfhers est basée sur les titres relativement élevés que nous avons trouvés de ces corps et ~ur l'action du nitrate d'argent ammoniacal, qui, dans les conditions où nous avons opéré, se111bleprouver la présence de formiates existant dans les cognacs

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==