La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

168 LA REVUE SOCIALISTE exactement compte des causes de la mévente du vin, on se demande s'il est possible de voir la fin de la crise intense qui a ruiné et qui affame les populations viticoles du midi de la France. Les travailleurs de la vigne, propriétaires de propriétés grevées d'hypothèques ou simples ouvriers agricoles, se trouvent dans une détresse égale. Le possesseur nominatif et non effectif du sol, qui ne trouve plus rien à emprunter, est aussi misérable que le malheureux salarié qui ne trouve plus de salaire à gagner. Faudra-t-il confier au systême social basé sur le droit individuel d'user et d'abuser de la propriété du sol, le soin de réparer le désastre où le défaut d'organisation a conduit héritiers et déshérités du trésor commun : la terre? L'application graduelle et méthodique des théories socialistes peut seule soulager les souffrances présentes de la viticulture et en prévenir le retour. Il n'y a que le socialisme qui veuille et qui puisse assurer le bien-être des populations agricoles par une règlementation scientifique de la production du sol, et aussi par une large répartition des produits en dehors des égoïstes agissements de l'intermédiaire indélicat. Xlll LA RAPACITÉ DES INTERMÉDIAIRES ENTRE LES PRODUCTEURS ET LES CONSOMMA TE URS DU VIN La civilisation apparaît incontestablement comme une chose relative et très relative pour le penseur qui rapproche le dénument complet du vigneron réduit au désespoir près de ses caves remplies de vin, et le dépérissement pour cause de privation de boisson généreuse chez un nombre incalculable de consommateurs. La surproduction d'un aliment sain peut-elle devenir une calamité dans nos campagnes, lorsque nos villes regorgent de pauvres gens qui manquent de nourriture réconfortante? Comment peut-il se faire que du coté de Nimes, de Montpellier, de Narbonne et de Perpignan, les propriétaires viticulteurs n'arrivent pas à réaliser l'échange de leurs vins naturels et d'excellente qualité, en les vendant deux sous le litre, tandis que les familles ouvrières des grandes cités s'empoisonnent à chaque repas en buvant des boissons problématiquement vineuses payées dix, douze et quatorze sous le litre ? Entre le producteur et le consommateur, la société individualiste qui admire ou qui tolère tous les caprices et tous les calculs de la spéculation, a placé et entend maintenir le concours de l'intermédiaire, concours justifié d'ailleurs par l'incohérence de cet état social.

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