La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA MÉVENTE DU VIN A l'heure actuelle il y a en Espagne et en Italie une surproduction inouïe. La production de la vigne, d'après les données recueillies par \a section de statistique du syndicat des agriculteurs de Barcelone, serait, en 1893, de 36,599,000 hectolitres en Espagne. La production de l'Italie, d'après les moy<:!nnes des dernières années, doit avoir été équivalente. Le vin dans ces pays est tombé à un prix dérisoire. Le voisinage de ces marchandises données au commerce en quelque sorte pour rien maintiendrait longtemps la baisse, dans le cas invraisemblable où l'intervention des pouvoirs publics tenterait le mir3:cle d'une hausse des cours et de la reprise des affaires. Le marché commercial de la France est saturé de vins. Tout est plein. Pour le soutirage de quelques demi-muids dans les chais du négociant, il y a dans les caves des propriétaires mille foudres qui attendent l'occasion de combler un vide. Par surcroit de lamentable prospérité, les statistiques officielles ont appris que la récolte des cidres en 1893 « n'a pas été moins satisfaisante » que celle des vins. Grâce à des conditions climatologiques exceptionnellement favorables et dont l'influence s'(!st fait sentir sur presque tous les points du territoire français, la récolte des cidres s'élève au chiffre de 31,608,565 hectolitres, dépassant de plus de 16 millions celle de 1892 et de plus de 19 millions la production moyenne des dix dernières années. L'abondance du cidre ·semble beaucoup plus extraordinaire que la récolte du vin: depuis 1830, année à partir de laquelle l'administration d:!s contributions indirectes a dressé une statistique suivie de la production des cidres, le chiffre de 30 millions n'a jamais été atteint, et l'on ne s'en était même pas approché. Les plus fortes récoltes enregistrées pendant cette période ne ressortaient qu'à 22 millions en 1848 et à 23 millions en 1883. Il y a encore là un sujet digne de remarque pour la viticulture méridionale. La consommation du cidre tend à se développer tandis que celle du vin semble se restreindre. Les affreuses piquettes fabriquées avec des figues et des caroubes et que l'on ose débiter sous la couleur artificielle et sous l'étiquette menteuse de vin ont détourné les consommateurs vers le cidre et la bière. Il y a une dizaine d'années on ne voyait que du vin blanc ou rouge sur les tables des restaurants de Paris. A l'heure présente, le consommateur a le choix, sans différence de prix. entre une demi-bouteille de vin souvent exécrable, un cruchon de bière ou une pleine carafe de cidre. Les agriculteurs de Normandie et de Bretagne profitent du discrédit que la fabrication industrielle et le mouillage frauduleux jettent sur le vin, pour augmenter la production du cidre. Q!1and on examine la situation et que l'on cherche à se rendr-

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