LA MÉVENTE DU VIN La nécessité de l'intermédiaire est une conséquence inévitable de , l'individualisme. Il faut bien que les individus se chargent de la fonction communale que la collectivité néglige de remplir pour la juste administration des choses. Les exigençes du fisc et les bénéfices prélevés par le commerce tiennent donc à distance les intérêts des producteurs et les intérêts des consommateurs de vin naturel. Quelle que soit la baisse du prix d'achat chez le producteur, le consommateur en profite rarement. Sous prétexte qu'il est obligé d'écouler d'abord le liquide emmagasiné depuis longtemps, ou pour tout autre motif, le négociant n'aime pas à déranger les habitudes de sa clientèle par des changements sur le chiffre des factures. Si le client ne payait pas aussi cher, il s'imaginerait avoir été mal servi. Les contributions indirectes et les octrois expliquent les usages du commerce. Les sommes déboursées pour la circulation et le transport des vins et les droits à payer pour les introduire dans les grands centres de consommation représentent un chiffre immuable d'une importance relative telle que la mobilité du prix d'achat à la propriété passe inaperçue. Si le commerce ne pouvait fournir à la consommation que des vins naturels, il y aurait plus de corrélation entre la rémunération du producteur et les débours du consommateur; mais les impositions diverses constituent un tel encouragement à la fraude et à la falsification que tout le mécanisme économique de l'écoulement des vins en est faussé. Paris, qui devrait être le débouché le plus considérable des vins français de vente cpurante, est fermé en quelque sorte à la production nationale. - Pourquoi? - Parce que le gros négociant de Bercy a beaucoup plus de profit à vendre des vins étrangers dont le titre alcoolique est recherché par le détaillant pour opérer le mouillage et pour commettre des fraudes. Rien n'est plus simple à expliquer. Malgré les nouveaux droits de douane, supprimés en fait par la hausse extraordinaire du change avec l'Espagne, le commerce des vins dans une ville où _les taxes d'octroi sont très élevées, préfère acheter des vins· espagnols vinés à 1 5 degrés d'alcool, que les vins obligatoirement purs et naturels de nos départements du Midi. Les vins vinés jusqu'à 1509 n'a.:quittent pas à l'octroi un droit proportionnel aux degrés d'alcool; ils paient exactement les mêmes droits que les vins français, dont le degré alcoolique, sauf pour quelques crus du Roussillon, ne dépasse pas 10 degrés. Largement additionnés de bonne eau de Seine, dont le tr:insport ne coûte rien et qui ne paie rien non plus à la barrière de l'octroi, les vins espagnols remontés à 15°9 avec de l'alcool d'Allemagne deviennent une marchandise sur laquelle le commerce en gros et au détail réalise d'incomparables bénéfices. Des chiffres qui ont été plusieurs fois publiés dans les journaux de
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